L’immigration inquiète, fait peur et crée des problèmes. Elle crée de vrais problèmes de coexistence, d’intégration et de pression sur les salaires. On le voit à Calais mais également dans toute l’Europe avec la montée des partis d’extrême-droite. On le voit en Turquie, au Liban, en Jordanie, débordés par l’afflux de réfugiés syriens et irakiens. On le voit aux Etats-Unis où les populations catholiques d’origine latino-américaine ne sont plus loin de mettre en minorité les « Wasp », les Blancs anglo-saxons protestants. On le voit aussi, autre exemple, au Tchad où les musulmans de Centrafrique, menacés dans leur pays, ont afflué en masse.dans cet Etat déjà si pauvre.

Avec plus de 51 millions de déplacés, l’immigration est devenue - c’est un fait - l’une des grandes questions de ce siècle mais il est tout aussi vrai que rien, jamais, aucun mur, aucune loi, aucun rejet, aucun danger même n’empêchera des hommes de fuir la guerre, la misère ou les deux vers des havres de paix ou de prospérité car la possibilité de la mort est toujours préférable à sa certitude. On peut le déplorer, s’en indigner, crier au laxisme, tout ce que l’on veut mais l’immigration est et restera une réalité, d’autant plus durable pour ce qui est de l’Europe que la population y vieillit, que le taux de natalité y baisse et qu’elle aura bientôt autant besoin de main d’œuvre étrangère que dans les années 60, lorsqu’elle allait la chercher - oui, la chercher - de l’autre côté de la Méditerranée.

Est-ce à dire, pour autant, qu’il n’y aurait rien à faire et qu’il faudrait simplement subir l’immigration clandestine et les tensions sociopolitiques qu’elle crée toujours plus ?

Non. Ce serait pure folie mais si l’Europe, pour ne parler que d’elle, veut vraiment résoudre ce problème, elle doit s’attaquer à ses causes et opérer une révolution culturelle. Elle doit comprendre et admettre que, comme elle le fut elle-même au 19ième siècle et au début du 20ième, ses marches orientales et méridionales - l’ancienne aire soviétiques, le Maghreb, le Proche-Orient et l’Afrique - sont devenues des terres d’émigration qui regardent vers elle, que ces mondes dont elle est le cœur sont en ébullition et que les Européens ne peuvent pas se désintéresser de ce qui s’y passe.

Ce n’est pas seulement par compassion ou préoccupation sécuritaire que nous devons nous soucier du Mali, de la Centrafrique, de l’Irak ou de la Syrie. C’est avant tout parce que notre propre intérêt nous commande de le faire, parce que, plus ces pays sont à feu et à sang, plus on les fuit vers les rivages européens et que si nous pouvions - et nous le pouvons - contribuer à stabiliser ces Etats, nous pourrions alors développer une coopération entre les deux rives de la Méditerranée qui assurerait notre prospérité commune et tarirait une émigration à laquelle les immigrés ne seraient plus contraints. Il ne s’agit pas de bâtir des murs mais des ponts, pas de se laisser aveugler par la peur mais de voir loin, de bâtir l’Europe et ses marches, cette mare nostrum qui pourrait bientôt devenir, comme l’Empire romain en son temps, la plus grande zone de commerce, de culture et d’influence du monde.

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