Dimanche soir, la Pologne sera passée à droite. Ce ne sera qu’au vu des résultats qu’on saura si le parti Droit et Justice, une formation nationaliste, très ambivalente sur l’Europe et très proche du traditionalisme de l’épiscopat polonais, aura assez de députés pour gouverner seul mais la certitude est qu’il sera largement en tête car il bénéficie d’un mouvement de fond.

Usés par huit ans de pouvoir, les centristes de la Plateforme civique ont perdu beaucoup de leurs partisans. Une bonne moitié des Polonais leur reprochent de n’avoir pas su les faire bénéficier du boom de l’économie nationale qui a essentiellement profité aux élites urbaines alors que les campagnes, les bourgs et les gens les moins formés sont restés à la traîne et, souvent, sans emplois.

Il y a, c’est vrai, deux Pologne et le programme de Droit et Justice, du PIS, séduit donc beaucoup d’électeurs avec ses promesses de soutiens aux plus démunis et de relance volontariste de la croissance par le développement des investissements publics. Comme l’ensemble ou presque des extrêmes droites européennes, cette droite nationaliste surfe à la fois sur de vraies injustices sociales, des approches dirigistes et un souverainisme très hostile à tout approfondissement de l’unité européenne.

C’est sur ces thèmes là qu’elle avait déjà fait élire, au printemps dernier, son candidat à la présidence de la République mais elle a encore été renforcée, depuis l’été, par le drame des réfugiés qu’elle présente comme un danger pour la sécurité, l’identité et même la santé des Polonais.

Cette élection pourrait, bien sûr, changer les rapports de force en Europe.

Tout dépendra ainsi de ses résultats exacts. Si le front formé par les partis de gauche franchit les 8%, le seuil d’éligibilité des coalitions, il peut réduire la majorité nationaliste. Deux autres formations, l’une de la gauche intellectuelle, l’autre libérale-libertaire, et toutes deux issues des nouvelles générations, peuvent également y contribuer. On peut même imaginer - c’est peu probable mais pas complètement impossible - que tous les courants inquiets de cette montée nationaliste s’allient pour faire barrage au PIS mais oui, fondamentalement cette élection pourrait bien changer deux choses en Europe.

La première est que le camp des pays qui sont tout à la fois hostiles à l’idée même d’Europe politique et à l’accueil des réfugiés en sera renforcé puisque la Pologne et ses 38 millions d’habitants pèsent lourd dans l’Union. Le bon côté des choses est qu’on verra là que l’Union, non, n’est pas une dictature mais l’expression de gouvernements démocratiquement élus. Le mauvais est que sa conduite n’en sera pas facilitée, et dans aucun domaine.

Quant au deuxième changement que cette élection pourrait précipiter, il est que le bipartisme, social-démocratie et démocratie chrétienne, sur lequel a toujours été fondé le projet européen pourrait bientôt céder la place, comme en France, à un tripartisme, droite, gauche et camaïeu de nouvelles droites réactionnaires ou extrêmes.

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