La Bolivie va bien, la pauvreté y recule et les infrastructures se multiplient. Alors pourquoi risquer de plonge le pays dans le chaos pour un 4e mandat de président difficilement justifiable ?

Evo Morales brigue un 4ème mandat
Evo Morales brigue un 4ème mandat © Getty / Guillermo Legaria

La situation est très volatile en Bolivie deux jours après le 1er tour de la présidentielle. Avec des heurts dans les rues de la capitale La Paz et l'Organisation des Etats américains exprimant sa « profonde préoccupation et surprise devant la différence drastique et difficile à expliquer entre les 1ers résultats électoraux » et ceux communiqués plus tard.

Si l'OEA trouve difficile à comprendre ce qu'il s'est passé, raison de plus pour y passer quelques secondes. L'actuel président bolivien s'appelle Evo Morales : nos auditeurs se souviennent probablement de ce cultivateur de coca aymara élu en 2006.

C'était la première fois que la Bolivie portait à sa tête un Amérindien. Treize ans plus tard, il en est à son 4e mandat et Evo Morales est même le président élu d'Amérique latine en poste depuis le plus longtemps. Dans un pays qui, en plus, va bien. 

En 13 années de pouvoir, la pauvreté a été divisée par deux, l'argent du gaz naturel – le premier poste d'exportation du pays – a été assez judicieusement dépensé en infrastructures – écoles, hôpitaux, routes – et la corruption relativement contenue.

D'ailleurs, personne ne conteste qu'Evo Morales a été légitimement réélu dès le 1er tour pour son 2e et 3e mandat et avec plus de 60% des voix ! Le contraste est donc flagrant avec le Vénézuéla où le régime Maduro a enfoncé le pays dans la ruine et le chaos.

Le 4e mandat de trop pour un apprenti caudillo

J'allais vous répondre rapidement : l'hubris, le sentiment d'être indispensable à son peuple. Mais on est en Amérique latine et il y a un terme forgé pour les dirigeants sud-américain qui, arrivés au pouvoir, ne parviennent pas à en partir : Le « caudillisme ».  

C'est plutôt un terme qui, jusqu'à présent, s'appliquait à des chefs de junte militaire type Pinochet ou le paraguayen Alfredo Stroessner, mais qui aujourd'hui va comme un gant au vénézuélien Maduro et qui commence à s'appliquer à Evo Morales.

Je m'explique : en 2016, Evo Morales – empêché par la constitution de se présenter pour un 4e mandat, organise un référendum sur cette question et le perd. De peu, mais il le perd. Qu'à cela ne tienne, il obtient de la Cour suprême le droit de se représenter.

Or, dimanche les premiers résultats montrent que non seulement Evo Morales ne parvient pas à l'emporter au 1er tour mais, qu'en plus, il devra affronter au 2nd un candidat de l'opposition sérieux et parfaitement capable de le battre.

Devant tant d'incertitude et le fait qu'en apprenti « caudillo » sud-américain, Evo Morales ne peut imaginer quitter le pouvoir de cette façon, le décompte électoral s'interrompt pour ne reprendre que 24h plus tard.

Et là, miracle ! Evo est à deux doigts de l'emporter dès le premier tour ! Immédiatement, des heurts ont éclaté dans la capitale, La Paz, et dans plusieurs points du pays. Immédiatement, bien sûr, les observateurs internationaux se sont indignés.

Voilà donc un pays qui va mieux, grâce à une politique redistributive plus finement menée que partout ailleurs mais que le prurit « caudilliste » d'un président risque de plonger dans un chaos politique et social parfaitement inutile. Quel gâchis !

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