Un an après avoir démissionné sous pression de la rue, Saad Hariri a été nommé hier Premier ministre, avec une légère majorité du Parlement derrière lui. Mais il incarne la vieille classe politique et a peu de chances de résoudre les crises du Liban.

Le « Poing de la révolution » trône depuis un an au centre de la place des martyrs, à Beyrouth ; mercxredi soir il a été détruit par les partisans de Saad Hariri, mais remplacé hier par un nouveau « poing » flambant neuf.
Le « Poing de la révolution » trône depuis un an au centre de la place des martyrs, à Beyrouth ; mercxredi soir il a été détruit par les partisans de Saad Hariri, mais remplacé hier par un nouveau « poing » flambant neuf. © AFP / JOSEPH EID / AFP

Tout ça pour ça... C’est évidemment la première réaction à l’annonce du nom du nouveau premier ministre du Liban : Saad Hariri ! Il était déjà premier ministre et avait choisi de démissionner dès les premières manifestations de masse de ce qui deviendra la « thaoura », la révolution, il y a un an. 

Et donc un an, et une situation bien plus catastrophique plus tard, c’est le même Saad Hariri qui obtient un vote serré du Parlement pour tenter de former un gouvernement. C’est paradoxal, et c’est un terrible aveu de la paralysie du système.

Paradoxal car après l’échec de deux Premiers ministres-désignés aux profils plus technocratiques, comme le demandent les bailleurs de fonds internationaux dont la France, c’est de nouveau vers l’une des grandes familles régnantes libanaises que se retourne la classe politique.

Saad est évidemment le fils de Rafic Hariri, l’ancien Premier ministre et hommes d’affaires assassiné en 2005. Depuis, Saad Hariri a dirigé plus de six ans les affaires du Liban, sans réussir, ou même tenter d’initier les réformes attendues par la population. Qu’il s’agisse de la crise des ordures à Beyrouth, des coupures d’électricité à répétition, ou de la crise du système financier qui ne cesse de s’aggraver.

Que pourra-t-il faire de plus dans le contexte actuel ? Les Libanais lui auraient donné un certain crédit s’il s’était imposé en dehors du cadre des partis confessionnels ; mais le respect des formes constitutionnelles rend le premier ministre prisonnier des combinaisons d’appareil et des jeux politiques mortifères des chefs de communautés.

L’échec est-il donc programmé ? C’est à craindre, car aucune des conditions requises pour rompre avec le système responsable de la catastrophe n’est remplie. 

Saad Hariri promet un gouvernement réformiste, de spécialistes « non-partisans », selon ses propres mots destinés à s’inscrire dans le cadre de la proposition française. Mais il a déjà promis le portefeuille des finances à un membre de la communauté chiite comme l’exigeait le président du Parlement, Nabih Berri, qui a donc donné son feu vert. De quoi plomber d’entrée de jeu sa crédibilité. 

Les Libanais s’intéressaient plus hier à ce qui s’est passé place des Martyrs, au cœur de Beyrouth. Mercredi soir, des incidents ont opposé des partisans de Saad Hariri à ses détracteurs, et le célèbre « Poing de la Révolution », une sculpture de 13 mètres de haut, avait été incendié par les partisans d’Hariri.

Hier, un nouveau poing tout aussi haut a été installé, dont le financement aurait été assuré par Baha Hariri, le propre frère, et rival, du nouveau premier ministre. Ces querelles internes à la famille Hariri en disent plus long que des communiqués sur la vie politique libanaise.

Tout ça pour ça, donc… Rien de très prometteur surtout, pour les Libanais qui ne croient ni à la perspective d’une révolution prochaine, ni au miracle d’une classe politique qui se réformerait spontanément.

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