Ce n’est pas la droite qui a été battue, hier, en Allemagne. C’est l’Amérique. C’est contre elle, contre la volonté de Georges Bush d’aller renverser Saddam Hussein par la force, que les électeurs allemands se sont prononcés hier, beaucoup plus que pour la gauche ou contre la droite. La preuve en est que, des mois durant, tant que les problèmes intérieurs, la remontée du chômage et le piteux état de l’économie, dominaient la campagne, c’est la démocratie-chrétienne qui tenait la corde, et de loin. Puis les projets de la Maison-Blanche se sont précisés. L’inquiétude de l’Europe s’est affirmée. L’Irak est venu, partout, dominer l’actualité internationale et les sondages se sont lentement inversés en Allemagne car, tandis que la droite émettait de simples réserves, la gauche, elle, montait au créneau, chevauchant le pacifisme foncier des Allemands. Pour Gerhard Schröder et les Verts, c’était « non », avec ou sans aval de l’Onu, catégoriquement « non » à cette guerre et c’est ainsi que Socialistes et Verts l’ont emporté hier, de bien peu, sur le fil, de beaucoup pourtant, onze voix, si l’on considère la pente qu’ils avaient à remonter. C’est un tournant, pour l’Allemagne, d’abord, pro-américaine depuis la fin de la guerre, mais aussi pour l’Amérique et l’Europe. Car enfin comment ne pas voir que ce vote de défiance des Allemands vis-à-vis d’un pays dont ils étaient, depuis plus d’un demi-siècle, les plus fidèles alliés, n’est que le dernier en date des signes de tension entre l’Union européenne et les Etats-Unis ? Entre l’ancien et le nouveau monde, entre l’hyperpuissance et la puissance en gestation, depuis un an les désaccords ne cessent de se multiplier sur l’acier et les prisonniers de Guantanamo, l’Iran et la Cour pénale internationale, le Proche-Orient et l’environnement, la peine de mort et, avant tout, l’Irak, symbole par excellence d’approches et de visions divergentes. Tout se passe aujourd’hui, comme si privés d’un ennemi fédérateur, les deux piliers de l’Alliance atlantique prenaient des chemins différents, déterminés par leur histoire, leurs intérêts, leur géographie. L’Europe se cherche une place et une rôle. L’Amérique veut préserver son premier rôle et sa première place. Ni d’un côté ni de l’autre on ne veut rompre mais, insensiblement, l’écart se creuse et la nouvelle doctrine de sécurité américaine, rendue publique vendredi par la Maison-Blanche, ne va pas arranger les choses. Cette fois-ci, les choses sont dites : « Si nécessaire, lit-on dans ce texte, l’Amérique n’hésitera pas à exercer son droit à l’autodéfense en agissant préventivement ». Il n’est plus question, dans cette doctrine, de sécurité collective, d’Onu ou de lois internationales. Il y a une nation qui, je cite, « se réjouit de sa responsabilité de conduire la grande mission d’étendre le triomphe de la liberté », libre entreprise etdémocratie, et qui entend le faire de préférence avec les grandes puissances d’aujourd’hui, Europe, Russie, Inde, Chine mais, le cas échéant, sans elles, voire contre elles. L’Histoire pourrait bien retenir ce vote allemand.

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