C’est une contribution essentielle à un débat décisif car c’est, en fait, toute la problématique européenne que Lionel Jospin vient d’éclairer. « L’idée européenne ne résume pas le socialisme, écrit-il, d’abord, dans le Nouvel Observateur, mais elle est essentielle à son identité ». C’est si vrai qu’il est étonnant que l’Europe divise désormais le P.S. mais pourquoi y a-t-il consubstantialité entre la gauche et le projet européen ? Cela tient, d’abord, aux racines mêmes du mouvement socialiste qui a toujours prôné, depuis sa naissance, le refus de la guerre et la fraternité entre les peuples, une haine du nationalisme et un internationalisme que la Seconde guerre mondiale a si tragiquement justifiés et renforcés que ce sont les socialistes qui ont porté, avec les démocrates-chrétiens, l’unité européenne sur les fonts baptismaux avant d’accompagner chaque étape de son développement. Cela est vrai depuis la fin des années quarante mais, depuis un quart de siècle maintenant, la gauche a une deuxième raison de placer l’Europe en tête de ses priorités. Fondamentale, cette raison est que les Etats-nations n’ont plus assez de poids dans l’économie mondialisée pour assurer un équilibre du rapport de forces entre le Capital et le Travail, que la défense des politiques sociales demande une puissance publique d’un autre poids, de dimension continentale, de taille européenne. Ce n’est pas parce que l’Europe sera unie qu’elle sera sociale. Cela dépendra de ses batailles politiques internes mais la certitude est que la protection sociale ne cesserait pas de reculer dans une Europe désunie. Et puis il y a une troisième raison pour laquelle la gauche ne peut qu’être européenne. Beaucoup plus récente mais non moins importante, elle est que le nouvel unilatéralisme des Etats-Unis aggrave tant l’instabilité internationale qu’il y a urgence à lui opposer, le plus vite possible, un contrepoids européen et que tout retard pris sur cette voie est inquiétant. Le deuxième point souligné par Lionel Jospin est qu’il est tout simplement faux que l’Union et son projet de Constitution prédétermineraient les politiques de l’Europe. De même que la Constitution de la V° République n’a nullement empêché la gauche de gouverner la France ou que celle des Etats-Unis a aussi bien permis le New deal que le bushisme, ce sont, comme dans toute démocratie, les élections nationales et européennes qui décideront des orientations de l’Europe, ni son unité ni ses règles du jeu qui n’imposent ni n’interdisent rien. Le troisième point, peut-être le plus important, sur lequel insiste l’ancien Premier ministre est qu’aucune des nations européennes, et moins encore l’un de ses partis, ne peut rêver de décider seule en Europe. On pouvait y aspirer du temps où les puissances européennes rêvaient de dominer le continent par la guerre. Même ainsi cela ne marchait pas mais, dès lors que nous voulons nous unir volontairement et dans la démocratie, le compromis est une incontournable nécessité, une condition sine qua non qui fera que l’Europe ne sera pas plus française que britannique, allemande que polonaise mais un peu tout cela –européenne, en un mot.

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