Tout était résolu. Pour quelques 700 milliards de dollars, l’Oncle Sam, les Etats-Unis, leur Etat, le meilleur des emprunteurs possibles, allait racheter les créances « toxiques », pourries en bon français, des banques américaines ; le spectre de la multiplication des faillites s’éloignait ; vendredi, les Bourses étaient reparties à la hausse mais voilà qu’elles sont reparties à la baisse hier, ressaisies par le doute après l’ivresse du soulagement. Il y a des raisons à cela. La première est que l’exécutif américain ne peut évidemment pas engager de telles sommes sans l’accord du législatif et que le Congrès n’est pas prêt à signer un tel chèque sans poser ses conditions. Majoritaires dans les deux Chambres, les Démocrates ne s’opposent pas au principe de ce plan de sauvetage – rares sont d’ailleurs ceux qui le font tant l’incendie menace – mais ils voudraient que l’argent du contribuable n’aide pas seulement les banques mais aussi les familles dont les maisons sont saisies ; qu’on soit sûr que les responsables de cette banqueroute ne partent pas avec les indemnités obscène que leur garantissent leurs contrats et que ce plan soit soumis à un étroit contrôle parlementaire et non pas seulement conduit par le département du Trésor et la Réserve fédérale, la Banque centrale, où les hommes issus de Wall Street font traditionnellement la pluie et le beau temps en oracles incontestés. Le Congrès se rebiffe. John McCain, le candidat républicain tousse de plus en plus fort tandis que son concurrent démocrate, Barack Obama, monte au créneau, appelant à la « transparence », « l’équité » et la « réforme », celle des pratiques financières. Rien, autrement dit, n’est encore résolu car les négociations entre l’exécutif et le législatif s’annoncent difficiles mais là n’est sans doute pas la principale source d’inquiétude des places boursières. « On ne mange jamais gratis », aimait à dire Margaret Thatcher qui est fille d’épicier et, l’euphorie du week-end passée, on commence à réaliser que, compte tenu de ce plan et des aides déjà consenties depuis le début de l’année, la puissance publique américaine aura engagé, au total, près de 1800 milliards de dollars pour éviter un krach et que cela représente 13% du PIB américain, de la richesse produite en une années par les Etats-Unis, 54% de celui de l’Allemagne ou 125% de celui de l’Espagne. Un enfant le comprendrait. Sauvetage ou pas, l’Amérique devra régler une addition très, très lourde qui va se payer soit par l’inflation, soit par des augmentations d’impôts, soit par des coupes budgétaires ou, plus vraisemblablement, par les trois en même temps. Déjà paralysés sur tous les fronts diplomatiques, les Etats-Unis vont devoir se serrer la ceinture. Le reflux de leur influence internationale en sera encore accentué. Ce n’est pas seulement dans une ère d’incertitude économique mais d’incertitude tout court qu’entrent les Etats-Unis et le monde avec eux. Plan de sauvetage ou pas, l’heure n’est pas du tout à l’optimisme.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.