Tout était dit. Après quatre ans de Grande coalition, de gouvernement commun entre la droite démocrate-chrétienne de la CSU et la gauche social-démocrate du SPD, l’Allemagne allait passer à droite. Depuis de longs mois, les sondages donnaient une si large avance à la CSU qu’on la voyait déjà gouverner, à coup sûr, avec les libéraux du FDP mais soudain, comme lors des deux précédentes législatives, la gauche frémit, à quatre jours du vote. Ce n’est pas que les sociaux-démocrates soient en passe de gagner, loin de là. Ils ne se remettent pa des politiques d'austérité menés au début de la décennie. Mais ils remontent, un peu, un tout petit peu mais assez, pourtant, pour que l’ensemble des gauches, le SPD et Die Linke, la gauche de la gauche, se retrouve quasiment à égalité dans les intentions de vote, 47% contre 48%, avec l’ensemble des droites, démocrates-chrétiens et libéraux. L’Allemagne est partagée, en deux blocs. Il n’est plus totalement exclu que les gauches arrivent, dimanche, devant les droites mais, même si c’était bien le cas, ce n’est pas une coalition de gauche qui prendrait les rênes. Premier paradoxe allemand, les sociaux-démocrates ne le voudraient pas car, autant ils n’ont plus d’objection de principe à des alliances régionales avec Die Linke, dans les länder, les Etats fédérés, autant ils se refusent à gouverner avec la gauche de la gauche, parti formé par des déçus du SPD, des syndicalistes et d’anciens communistes de l’ex-Allemagne de l’Est. Entre ces deux partis, les différences sont trop grandes, sur le niveau de protection sociale et la politique étrangère notamment, pour qu’ils puissent se mettre d’accord sur un programme de gouvernement. Tous courants confondus, la gauche est forte en Allemagne. Les idées de gauche y sont si présentes que les syndicats recrutent à tour de bras dans la jeune génération, que Die Linke siège dans les Parlements de onze des seize länder et recueille 10% des intentions de vote. Sur le papier, la gauche pourrait être portée au pouvoir mais deux cultures la divisent, culture de gouvernement et culture de contestation. Si les droites ne l’emportent pas, le plus probable est que la coalition sortante, la Grande coalition CSU-SPD, soit reconduite. On touche, là, au second paradoxe allemand. Officiellement, Angela Merkel souhaite se retrouver en famille, gouverner avec les libéraux, mais il y a, en fait, tout autant de différences entre les droites de la République fédérale qu’entre ses gauches. Parti démocrate-chrétien, la CSU a une forte dimension sociale dans ses gênes. Angela Merkel n’aime ni l’arrogance de l’argent, ni les paradis fiscaux, ni l’obscénité de certains salaires patronaux. Comme Nicolas Sarkozy, elle considère aussi que la régulation du marché est une nécessité politique car les opinions la réclament. Elle y pousse sur la scène internationale alors que le FDP est, lui, d’une parfaite orthodoxie libérale, moins d’impôts, moins d’Etat, pas de régulations. Angela Merkel est, au fond, beaucoup plus proche du SPD que des libéraux. Elle aurait beaucoup plus de mal à gouverner avec les seconds qu’avec le premier mais ce n’est pas elle qui décidera. Ce sera les électeurs.

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