Ce n’est pas que tout aille bien en Allemagne. La croissance y est faible et fragile. Les salaires y sont bas. Les salaires de misère, à 400€ par mois, y sont scandaleusement nombreux et seraient franchement invivables s’ils n’étaient pas légèrement compensés par la grande modération des loyers mais l’Allemagne est le pays qui s’en sort, et de loin, le moins mal en Europe.

L’Allemagne est la première puissance économique de l’Union. Ses exportations sont florissantes. Le chômage y est relativement bas et il n’est donc pas étonnant que, dans un monde occidental qui reste en crise, la chancelière ait remporté, hier, un tel triomphe qu’elle a frôlé une majorité absolue qui ne lui aura finalement échappé que de peu.

Alors que tous les dirigeants européens sont au plus bas dans les sondages et sanctionnés par les électeurs à tous les scrutins, la chancelière allemande entame ainsi son troisième mandat consécutif sur une victoire personnelle mais là n’est pourtant pas le plus important dans ces élections.

Dès qu’elle aura pu constituer, avec les socialistes ou les Verts, la coalition avec laquelle gouverner, Angela Merkel va pouvoir s’atteler à la concrétisation de la feuille de route européenne que François Hollande et elle avaient publiée le 30 mai dernier. Dans cette « contribution franco-allemande », une contribution au débat européen, les deux pays avaient mis l’accent sur la réalisation de l’union bancaire, la croissance et la réindustrialisation de l’Union, ses investissements communs, l’harmonisation de ses fiscalités et systèmes de protection sociale, la création d’un salaire minimum en Europe et l’organisation politique, surtout, de la zone euro.

L’idée des dirigeants français et allemand qui ont désormais quatre ans devant eux pour travailler ensemble et ont appris à le faire depuis l’élection de François Hollande est d’avancer à pas concrets, de prouver à des Européens de plus en plus fâchés avec l’Europe qu’elle peut être bénéfique à tous et ne pas seulement signifier austérité et réduction des dépenses publiques, de réconcilier ainsi l’Union et ses citoyens et d’entamer alors, sous cinq ans, une nouvelle phase de la construction européenne.

Dans cette nouvelle étape, les pays de la zone euro formeraient une union politique au sein de l’Union, un groupe d’Etats beaucoup plus étroitement liés que les autres et constituant l’ossature des 28. Tout comme ses rapports avec le reste de l’Union européenne, les institutions et la démocratie de cette union politique sont encore à définir, mais Angela Merkel et François Hollande entendent y parvenir en marchant et la chancelière est décidée à avancer sur cette voie de la croissance et de l’unité parce que l’industrie allemande a besoin d’économies européennes fortes vers lesquelles pouvoir continuer d’exporter et que le recul démographique de l’Allemagne lui impose de s’intégrer à un ensemble culturellement cohérent et plus vaste qu’elle.

Avec une gauche co-décisionnelle à Berlin, les choses en seraient facilitées mais, grande coalition ou pas, l’Europe est maintenant à un tournant. Elle retrouve un horizon et rebondit ou son délitement deviendra vite inéluctable.

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