On n’aime pas rapporter de tels propos. On n’aime pas diffuser ces mots de haine lancés hier par l’Etat islamique peu avant qu’il n'ait annoncé l’enlèvement d’un Français en Algérie mais il faut pourtant savoir ce qu’il y a dans la pauvre cervelle de ces illuminés sanguinaires qui ont encore fait fuir ce week-end 130 000 musulmans kurdes de Syrie vers la Turquie et qui n’ont pas plus de rapport avec l’islam que l’Inquisition avec l'Evangile.

« La meilleure chose que vous puissiez faire est de tuer tout infidèle, disait ce message. Si vous ne pouvez pas trouver d’explosifs ou de munitions, alors isolez l’Américain infidèle, le Français infidèle ou n’importe lequel de ses alliés. Ecrasez lui la tête à coup de pierres, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le. Ce sera l’ultime campagne des croisés, disait enfin ce texte. Elle sera détruite comme l’ont été toutes vos précédentes campagnes. Nous conquerrons votre Rome, nous briserons vos croix et réduirons vos femmes en esclavage ».

C’est un programme et il faut bien comprendre que la violence de ces mots et des actes qui suivront a un objectif aussi clair qu’abominable. Il s’agit d’essayer de détruire la paix civile en Europe en y faisant de tout musulman un suspect, un paria que l’Etat islamique espère ainsi enrôler dans son œuvre de mort. C’est un programme et, pour illusoire qu’il soit, il commande évidemment de ne pas tomber dans ce piège et de ne pas non plus reculer comme Manuel Valls le disait hier.

Parce qu’on ne peut ni ne doit laisser de tels criminels passer des populations entière au fil de l’épée et se constituer un bunker à partir duquel ils étendraient leurs crimes à l’Europe et au monde, il faut les combattre et les réduire mais en sachant que ce ne sera pas aisé et que le prix à payer sera lourd.

D’autres otages seront enlevés et assassinés. Ce danger sera permanent, omniprésent comme celui d’attentats le sera et ce n’est pas encore le pire. Le plus grave est que la guerre qui s’ouvre contre l’Etat islamique sera longue et confuse car beaucoup de batailles différentes y sont intimement mêlées.

Contre eux, ces barbares font maintenant l’unanimité mais, au-delà d’eux, il y a l’affrontement entre les deux grandes religions de l’islam, sunnisme et chiisme, la rivalité plus que millénaire entre l’Arabie et l’ancienne Perse qu’est l’Iran, l’irrédentisme des Kurdes partagés entre 4 Etats, la difficile quête d’alliances des chrétiens d'Orient, la peur commune à toutes les dictatures proche-orientales d’être balayées par l’aspiration démocratique des jeunes générations - en un mot une région entière en révolution. Ce n’est pas une bataille. Ce n’est pas une guerre. C’est un entrelacs d’inextricables conflits.

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