L’Union et c’est, bien sûr, tant mieux, a évité la catastrophe. Lorsque ses vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernement se retrouveront ce soir, à Bruxelles, en Conseil européen ils n’auront pas à se déchirer publiquement, au sommet, sur la question des réfugiés puisque c’est à une très large majorité que leurs ministres de l’Intérieur ont adopté hier le texte définissant une politique européenne en la matière.

Les pays membres se répartiront les réfugiés en fonction de leur situation économique et de leur taux de chômage. Les moyens affectés au contrôle des frontières extérieures de l’Union seront accrus. L’Union aura ainsi la possibilité d’accueillir les réfugiés politiques, éligibles au droit d’asile, et de renvoyer dans leurs pays d’origine les migrants économiques qui, eux, ne le sont pas.

C’est logique, rationnel, aussi conforme au droit qu’à la plus élémentaire humanité et, cet accord étant acquis, les 28 pourront décider ce soir, comme prévu, d’augmenter l’aide européenne aux agences de l’Onu et aux trois pays, Liban, Turquie, Jordanie, qui ont en charge quelques quatre millions de réfugiés syriens dont les conditions de vie sont devenues telles qu’elles expliquent largement leur nouvel exode vers l’Europe.

Les 28 appelleront, parallèlement, le reste du monde à contribuer à cet effort de solidarité. Ils prépareront aussi le sommet Afrique-Europe de novembre afin de réduire, dans le même temps, le nombre des migrants économiques. C’est à une approche commune et globale des différentes facettes de ce drame que l’Union parvient enfin. La barre est redressée mais, outre que l’alerte a été chaude et que le flux des réfugiés est encore loin d’être tari, comment ne pas voir les faiblesses de l’Union que cette crise a rendues si manifestes ?

Le plus grand des nouveaux pays membres sortis du bloc soviétique, la Pologne, s’est finalement rangé à la majorité. Seuls quatre de ces pays, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie et la République Tchèque, ont voté contre l’accord d’hier mais il y a bel et bien une fracture Est-Ouest dans l’Union. Elle est profonde. Elle n’est pas près de se refermer car, autant les anciennes Démocraties populaires sont fières d’appartenir au même ensemble que l’Europe occidentale et naturellement heureuses de bénéficie de ses aides, autant l’idée de souveraineté partagée, le fondement même de l’Union, leur est étrangère.

Elles sont ainsi promptes à dénoncer les « diktats de Bruxelles » sans comprendre qu’il n’y a pas de diktat mais des décisions communes prises à la majorité et cet état d’esprit rejoint celui des souverainistes de tant d’autres des pays membres et, notamment, de Grande-Bretagne.

Le souverainisme n’a pas fini de contrarier l’ambition européenne et la seconde faiblesse de l’Union sur laquelle cette crise a braqué les projecteurs est l’immense retard qu’elle a pris à se doter d’une Défense et d’une politique étrangère commune, des deux instruments qui lui font si cruellement défaut face aux chaos du Proche-Orient, ceux-là mêmes que les réfugiés fuient.

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