Ce sera le premier de leurs trois face-à-face en trois semaines.

A un mois et demi de la présidentielle américaine, Hillary Clinton et Donald Trump se retrouvent, lundi, pour un débat télévisé absolument essentiel à deux points de vue.

Chacun d’eux, bien sûr, devra prendre l’avantage sur l’autre, mettre à mal son adversaire pour aller au mieux de sa forme au scrutin du 8 novembre alors que l’écart se resserre entre eux, mais l’enjeu dépasse de loin la Maison-Blanche qui n’est pourtant pas un détail pour le monde. Ce qui se jouera, lundi, c’est aussi la capacité d’une grande figure politique, blanchie sous le harnais depuis de longues années, à résister aux assauts des nouvelles extrêmes droites qui ont partout le vent en poupe, de Washington à Moscou en passant par l’Europe.

Ces nouvelles forces ont un atout colossal. Fortes de n’avoir jamais été aux affaires, elles jettent au visage de ceux qui se sont confrontés au réel tout ce qui ne va pas sur terre. Comme cela fait beaucoup de choses, douloureuses, inquiétantes et souvent difficiles à comprendre, elles se font ainsi la voix de l’indignation, de ce « faut que ça change » que chacun, naturellement, ressent et il est ainsi difficile de renvoyer leurs leaders dans les cordes sans sembler nier la réalité des problèmes qu’ils soulèvent.

L’Amérique n’est plus ce qu’elle fut, dit M.Trump. Son économie, veut-il dire par là, n’est plus forcément la plus forte et elle ne peut plus gouverner le monde, de Washington et sans se soucier de l’avis des autres. C’est vrai. C’est un fait mais comment lui répondre, sans sembler défaitiste, vaincu d’avance, manquant de leadership, que, sauf à atomiser la Chine, il faut bien apprendre à vivre avec elle ?

Ce n’est pas impossible mais il faut pour cela de longues explications, historiques, économiques, culturelles, face auxquelles le premier simplisme d’un Donald Trump, son premier « y a qu’à », y a qu’à taper sur la table et construire un mur, semblera rassurant et, pour tout dire plus couillu. C’est exactement comme lorsque tant de gens en Europe viennent dire qu’il n’y aurait qu’à défaire l’Union pour que tout aille mieux, comme hier, et qu’il faut contrer cette absurdité suicidaire en rappelant que les pays européennes ne sont que des puissances moyennes – ah bon, vous n’avez pas confiance en la France ? – et que seule leur unité leur permettrait de peser dans le monde – ah oui, avec cette Union qui organise l’austérité et dont une ancienne Commissaire est une menteuse malhonnête ? Partout, la difficulté est la même et c’est à elle qu’Hillary Clinton sera confrontée lundi.

Elle devra, tout à fois, se montrer chef d’Etat, à la hauteur de son expérience, capable de gouverner les Etats-Unis et capable de clouer le bec à un adversaire qui attaquera tous terrains, comme si elle était personnellement responsable de toutes les faiblesses de l’Amérique. Pour Hillary Clinton, la partie sera ardue car, plus que Trump, son adversaire sera la folie montante du nationalisme et de ses « y a qu’à ».

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