Pékin multiplie les incursions aériennes dans l’espace aérien taiwanais, faisant monter la pression sur l’île alors que les contacts politiques se multiplient entre Taipei et Washington. Jeu périlleux.

La Présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, devant un avion de chasse F-CK-1 produit dans l’île, lors d’une visite, dimanche 20 septembre, aux installations de défense taiwanaises sur l’île de Penghu, face à la Chine.
La Présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, devant un avion de chasse F-CK-1 produit dans l’île, lors d’une visite, dimanche 20 septembre, aux installations de défense taiwanaises sur l’île de Penghu, face à la Chine. © AFP / Sam Yeh / AFP

De tous les foyers de crises qui entourent la Chine, il n’y en a aucun qui soit aussi périlleux que le sort de l’île de Taiwan. La rhétorique guerrière de la reconquête est habituelle ; ce qui l’est moins, c’est la démonstration de force militaire ces jours-ci, qui fait dangereusement monter la tension.

Presque chaque jour, des jets chinois pénètrent dans l’espace aérien taiwanais, au risque de provoquer un incident avec les défenses de cette île qui échappe toujours au pouvoir du Parti communiste chinois. Le risque n’est pas, en tous cas pas encore, le déclenchement délibéré d’une guerre, mais un incident qui entraîne un engrenage difficile à arrêter

Vendredi dernier, alors qu’un haut responsable américain se trouvait à Taipei, au grand dam de Pékin, pas moins de 19 avions chinois ont traversé la « ligne médiane » entre l’île et le continent, frontière symbolique entre les deux ennemis. De nouveau hier, deux appareils chinois de lutte anti-sous-marine ont pénétré l’espace aérien taiwanais, provoquant l’annonce par Taipei que ses défenses anti-aériennes et son armée de l’air avaient été activées.

La Chine s’agace, le mot est faible, du soutien plus visible de l’administration Trump à Taiwan, qui rend les dirigeants de l’île plus sûrs d’eux et plus audacieux. Outres des contacts politiques de plus haut niveau qu’avant, Washington s’apprête à vendre 7 milliards de dollars d’armes à Taiwan.

La presse officielle chinoise donne les grands orgues de la propagande, en particulier le très nationaliste Global Times qui a même promis d’« éliminer » la Présidente taiwanaise, Tsai Ing-wen, au nom de la « loi anti-sécession » de Pékin.

Interrogé sur les incursions des jets chinois au-delà la « ligne médiane », le porte-parole du Ministère des affaires étrangères à Pékin a déclaré que cette ligne n’existe pas puisque Taiwan, selon lui, appartient à la Chine. Logique implacable.

Taiwan et la Chine continentale sont séparés depuis plus de sept décennies, depuis la victoire de Mao à Pékin, et ont évolué de manière opposée : la Chine est restée communiste alors que l’île s’est démocratisée. Il faut d’ailleurs remonter à la première élection démocratique, il y a plus de vingt ans, pour retrouver la même tension militaire.

Pour Pékin, l’option militaire a toujours été sur la table : le discours chinois a toujours été de proposer la réunification pacifique, mais si celle-ci n’est pas possible, alors l’option militaire sera inévitable.

Ce qui a changé c’est ce qui s’est passé à Hong Kong, dont le statut d’autonomie devait servir de modèle pour Taiwan. En imposant sa loi, Pékin sait qu’elle a perdu tout espoir de séduire Taiwan avec un statut « Un pays, deux systèmes », à la hongkongaise.

Les dirigeants chinois savent qu’en attaquant Taiwan ils prendraient le risque d’une confrontation avec les États-Unis. Sauf s’ils pensent que les Américains hésiteraient à « mourir pour Taiwan »… Le genre de scénario catastrophe que peut déclencher une incursion aérienne de trop, ou une escalade mal maîtrisée. On n’en est pas là, mais on n’en est pas non plus si éloigné.

Contact