"L’Europe n’est pas finie". C’est ce que Matteo Renzi, disait en marge de ses conversations de lundi avec Angela Merkel et François Hollande mais peut-on le croire ?

François Hollande, Angela Merkel et Matteo Renzi sur l’île italienne de Ventotene, le 22 août 2016
François Hollande, Angela Merkel et Matteo Renzi sur l’île italienne de Ventotene, le 22 août 2016 © Getty / Bloomberg

« L’Europe n’est pas finie ». C’est ce que le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, disait en marge de ses conversations de lundi avec Angela Merkel et François Hollande mais, autant qu’on le veuille, peut-on le croire ?

Difficile à dire car, si l’unité européenne n’est pas déjà morte, elle est mal, très mal en point. Les Britanniques lui ont tourné le dos. L’euroscepticisme, surtout, devient si prégnant que les Européens sont toujours plus nombreux à croire que leurs pays s’en tirerait mieux seul qu’ensemble et qu’il n’y a pratiquement plus de dirigeants politiques, dans aucun des pays membres ou presque, pour se risquer à défendre l’ambition européenne et à en relever le drapeau.

Il suffirait que quelques-uns d’entre eux, à six, douze ou quinze, annoncent le lancement de projets industriels communs, la création d’une recherche et d’universités communes, l’unification de leurs forces armées ou la mobilisation de leurs jeunesses dans un service civique européen pour que beaucoup des citoyens de l’Union recommencent à y croire et que le courant s’inverse, mais non.

M. Hollande et Mme Merkel sont tout à leurs élections du printemps et de l’automne prochains. Ils ne veulent brusquer personne. Ils sont prudents, attentistes, si convaincus que c’est ce qu’il faudrait faire qu’ils le murmurent mais, pour ce qui est de passer à l’action, non, c’est trop tôt, pas si vite, on verra plus tard, après les élections.

Alors, oui, l’Europe se meurt de ne pas exister, de ne rien incarner de grand qui donne envie d’aller de l’avant, et à ce rythme, d’élections en couardises, elle pourrait bientôt finir par se réduire à une plaque - «Union européenne » - sur quelques immeubles de Bruxelles.

Je le crains en tout cas.

J’enrage d’avoir à le craindre car c’est une complète illusion que d’imaginer que dans un monde où l’argent ne connaît plus de frontières et se rit des législations nationales, dans un monde, aussi, qui sera bientôt dominé par les Etats continents anciens et nouveaux, les puissances européennes, des puissances moyennes, rappelons-le, pourraient à elles seules défendre le modèle de protection sociale qui est le nôtre et notre place sur la scène internationale. Nous le pourrions unis. Dispersés et jouant l’un contre l’autre à coup de dévaluations compétitives, nous ne le pourrons pas.

C’est l’évidence, une évidence que les Britanniques commencent à si bien ressentir qu’ils ne cessent plus de retarder l’officialisation de leur sortie de l’Union, et cette évidence est la seule chose qui donne raison à l’optimisme de Matteo Renzi. Sur l’Europe, il n’y a presque rien à espérer des actuels chefs d’Etat et de gouvernements qui ne sont ni des Churchill ni des De Gaulle mais peut-être, il faut le croire, y aura-t-il un sursaut des opinons publiques, de citoyens européens, d’intellectuels et de journaux qui sauraient voir où est l’intérêt de l’Europe et où est son déclin et se souviendraient que les civilisations, aussi, sont périssables.

L'équipe
  • Bernard GuettaJournaliste, spécialiste de politique internationale, en charge de la chronique Géopolitique
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