Et c'est celui d'un lycéen de 17 ans, Kian delos Santos.

Des manifestants tiennent des pancartes et allument des bougies en hommage à  Kian Loyd delos Santos, un étudiant de 17 ans, abattu par la police philippine. Manila, Philippines 21 août 2017.
Des manifestants tiennent des pancartes et allument des bougies en hommage à Kian Loyd delos Santos, un étudiant de 17 ans, abattu par la police philippine. Manila, Philippines 21 août 2017. © Reuters / Erik De Castro

Il a été tué par la police lors d'une de ces expéditions punitives et armées contre des trafiquants ou des usagers de drogues dont les forces de l'ordre philippines sont désormais coutumières.

Il faut dire que ce meurtre à bout-portant, d'abord camouflé par les policiers avant qu'une vidéo ne les confonde, est odieux. Il a bouleversé le pays et obligé le président Duterte à ordonner une enquête.

Et tout cela au moins d’une « guerre contre la drogue » entamée il y a un an, à l'arrivée du président Rodrigo Duterte. Une guerre qui a déjà fait, officiellement, 3 500 morts. En fait, on serait plutôt autour de 7 000 victimes.

Jusqu'à présent, les protestations contre cette folie meurtrière a rencontré peu d'opposition. Pour une raison simple : cette « guerre à la drogue » est très populaire dans la population.

Les Occidentaux ont protesté, facilitant le travail du président Duterte dont l'un des points forts est justement sa rhétorique anti-occidentale et anti-américaine. Il est, par exemple, resté célèbre pour avoir traité le président Obama de « fils de… »

Il n'y a personne sur place pour protester ?

Quelques associations, quelques opposants politiques mais rien de bien sérieux. Sauf, peut-être l'Eglise catholique qui, aux Philippines, joue un rôle très précieux. C'est elle qui s'est mobilisée pour obtenir l'abolition de la peine de mort.

C'est chose faite depuis 2006. Mais sur les drogues, l'Eglise hésite. Il a fallu le meurtre de cet adolescent qui, en plus, porte un nom très en odeur de sainteté, delos Santos, Des Saints, pour que la donne commence à changer.

Un archevêque de Manille, la capitale, a décidé de sonner le tocsin toutes les nuits pendant 15 minutes jusqu'au 27 novembre. D'autres prêtres, partout dans le pays, ont fait de leur église un sanctuaire pour les usagers de drogues.

Et cette « guerre contre la drogue » est ingagnable...

Evidemment ! Mais le but de Rodrigo Duterte n'est pas de gagner cette guerre, mais de demeurer populaire. Or le meilleur moyen d'y parvenir, pour un populiste pure souche comme le président philippin, c'est de se trouver un ennemi.

La recette est vieille comme la politique et donc au Philippines, l'ennemi, c'est le drogué et le petit trafiquant. Pour Donald Trump, c'est l'immigré mexicain. Et pour s'en protéger aux Philippines, les balles, aux Etats-Unis, les murs.

Mais revenons aux Philippines : non seulement cette guerre a déjà fait plusieurs milliers de victimes, mais elle totalement désorganisé et insécurisé les grandes villes en les livrant à l'arbitraire policier et parapolicier.

Mais alors quelle est la solution ?

Commencer par écouter ceux qui sont revenus de ces guerres inutiles qui font des milliers de victimes. Et c'est justement le cas d'un ancien président colombien, César Gaviria, qui s’est adressé à Rodrigo Duterte dans le New York Times

Il rappelle que son pays a payé un prix très élevé en envoyant police et armée contre les trafiquants et les plantations de coca. Résultat : rien ! La Colombie n'a ni réduit l'offre de cocaïne, ni encore moins la demande.

Sa conclusion est que l'on n'arrive à rien en réprimant, qu'il faut dépénaliser l'usage des drogues et les sortir du traitement policier et judiciaire pour les remettre au domaine auquel elles appartiennent : la santé publique et le travail social.

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