Un tweet du président américain pointant des "crimes de masse" de fermiers blancs sud-africains a mis le feu aux poudres à Pretoria. Donald Trump s’intéresse-t-il vraiment à l'Afrique du Sud ?

Donald Trump soutient Troy Balderson dans l'Ohio
Donald Trump soutient Troy Balderson dans l'Ohio © Getty / Scott Olson

L'Afrique décidément ne réussit pas au président des Etats-Unis : en janvier 2018, il expliquait sa frustration de ne pouvoir empêcher des migrants venus de « pays africains de merde » - je cite bien sûr – de venir s'installer aux Etats-Unis.

Et voilà qu'hier, il chargeait – via twitter donc – son ministre des Affaires étrangères de surveiller de près « les meurtres à grande échelle de fermiers blancs sud-africains » quand il ne sont pas « dépossédés de leurs terres » par un gouvernement « raciste ».

Si Donald Trump se passionne tout à coup pour l'Afrique du Sud, c'est pour des raisons strictement américaines et électorales : il a décidé d'être le défenseur, le hérault, des petits blancs – américains, sud-africains, européens – son tweet ne dit donc que cela.

Des meurtres et des expropriations de fermiers blancs largement exagérés

C'est bien le problème : si c'était entièrement faux, je ne serais pas ici pour en parler. Il est vrai que des fermiers blancs sud-africains sont régulièrement tués sur leurs terres. Pas pour des raisons politiques, mais le plus souvent pour des raisons crapuleuses :

Sauf que précisément, cette année et l'année dernière, le nombre de ces crimes n'a jamais été aussi bas depuis 20 ans : 47 contre 66 en 2016/2017. Et la baisse n'est pas circonstancielle, elle est constante. Je rappelle que l'Afrique du Sud est un pays violent.

Par contre, il est absolument vrai qu'en mars dernier, le gouvernement sud-africain a fait voter un loi dite « d'expropriation sans compensation » qui a l'avenir permettra de saisir les terres non cultivées des fermiers blancs pour les redistribuer.

Les Trois-quarts des terres arables appartiennent aux Blancs

C'est ce que prévoit la loi qui a été confirmée par le nouveau président Ramaphosa. Mais essayons de comprendre le contexte sud-africain : 24 ans après la fin de l'Apartheid, les trois-quart des terres arables sud-africaines sont encore entre les mains des Blancs.

Des blancs qui ne représentent que 9% de l'ensemble de la population. Pourquoi donc avoir attendu si longtemps pour réparer cette injustice ? J'allais dire : pour permettre aux fermiers blancs de se « retourner »... C'est presque cela en fait !

L'Agriculture ne représente plus aujourd'hui que trois petits pour-cent de la richesse produite en Afrique du Sud et n'emploie plus que 5% des Sud-Africains. Donc l'impact de la saisie des terres arables non exploitées serait aujourd'hui presque négligeable.

17 millions de Noirs à qui distribuer ces terres

Un tiers des Noirs sud-africains - 17 millions de personnes tout de même - vivent sur ce qu'on appelle des « homelands », c'est-à-dire des réserves agraires créées au début du 20e siècle et sur lesquelles il était permis aux Noirs de cultiver.

Ces « homelands » représentent 13% des terres. Pour résumer : d'un côté l'essentiel des terres, souvent en friche, est détenue par quelques milliers de fermiers blancs ; de l'autre, il y a 17 millions de Noirs à qui les redistribuer.

Quant à Donald Trump, il se fiche des fermiers blancs sud-africains : ceux qui l'intéressent sont les électeurs blancs américains qui se sentent dépossédés de « leur » Amérique et qui voteront en novembre pour les élections de mi-mandat.

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