On disait les Biélorusses gagnés par la lassitude et le découragement, brisés par la répression féroce des deux dernières semaines. Mais il n’en était rien. Hier, ils en ont apporté la preuve à Minsk, avec une manifestation monstre de plus de 250.000 personnes dans un pays d’à peine dix millions d’habitants

Ils ne baissent pas les bras, et poursuivent leur mouvement pacifique pour le départ du dictateur, Alexandre Loukachenko.

Les images parvenues de Minsk sont impressionnantes. Toutes les générations et les couches sociales sont représentées dans ce rassemblement au centre de la capitale biélorusse, alors que des haut-parleurs de la police affirmaient que cette manifestation n’était pas autorisée. 

Mais ce message des autorités n’impressionne personne, pas plus que les témoignages des tortures et des sévices infligées à certains des plus de 6000 manifestants arrêtés. Si Loukachenko espérait décourager une population peu habituée à descendre dans la rue contre un pouvoir dictatorial, il a pu constater hier qu’il s’est lourdement trompé.

Le bras de fer se poursuit

Il est clair que l’intimidation ne suffira pas à briser ce mouvement de ras le bol né du trucage de l’élection présidentielle du 9 août.

Comme Alexandre Loukachenko ne donne aucun signe, non plus, d’abandonner la partie -il s’est fait filmer hier une arme à la main- une phase terriblement dangereuse va donc s’ouvrir, qui décidera de l’avenir de ce soulèvement, mais aussi du climat international à venir.

Les manifestants ont conservé jusqu’ici trois principes essentiels : le premier est la non-violence, malgré la répression, afin de ne pas donner le prétexte à Loukachenko pour sauver son pouvoir dans le sang.

Le second est le maintien d’une très large unité du mouvement, qui permet d’associer à la revendication simple du départ du dictateur tous les milieux, y compris au sein des soutiens traditionnels du régime.

Le troisième principe est peut-être le plus sensible : éviter de donner une dimension géopolitique à ce mouvement

Tout simplement le fait que la clé de la réussite ou l’échec de ce mouvement est largement entre les mains d’un homme, Vladimir Poutine. Si le Président russe y voit une tentative occidentale de changer les équilibres géopolitiques, d’arrimer la Biélorussie à l’OTAN, par exemple, il s’y opposera par tous les moyens ; comme en 2014 en Ukraine. Les sanctions internationales n’y avaient rien fait.

Il y a donc un enjeu, non pas à « rassurer » Poutine, mais à empêcher que la Biélorussie ne se transforme en crise internationale, aux dépens des manifestants qui n’en demandent pas tant. 

C’est pourtant ce que tente de faire Loukachenko : alors qu’il était en froid avec Poutine, il crie maintenant à la déstabilisation par l’OTAN et cherche le soutien décisif du Président russe. 

La mobilisation massive des Biélorusses hier montre que cette crise est d’abord celle d’un peuple qui demande sa liberté - et mérite de l’obtenir.

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