(020424) De même qu’il n’y a pas qu’en France que l’extrême-droite progresse, il n’y a pas qu’en France que la social-démocratie régresse. La gauche a aussi perdu le pouvoir au Danemark, en Norvège, en Italie, en Autriche, au Portugal et de dures batailles l’attendent, bientôt aux Pays-Bas, à l’automne en Allemagne. C’est dans toute l’Europe que la gauche est mal en point mais pourquoi ? En France, la gauche du PS a, dès hier, donné sa réponse. La raison en est pour elle que la social-démocratie n’est plus assez sociale, ne s’oppose plus à la privatisation des services publics, ne lutte pas assez contre les licenciements, s’accommode trop bien, en un mot, de la vague libérale. Peut-être. Sans doute cela a-t-il joué un rôle dans la spectaculaire poussée de l’extrême-gauche française mais cela n’explique pourtant pas pourquoi un Premier ministre qui a fait reculer le chômage, créé les emplois-jeunes, réduit la durée du temps de travail, instauré la protection médicale universelle, accompagné, parallèlement, l’évolution des mœurs avec le pacs et la parité hommes-femmes, pourquoi Lionel Jospin a essuyé, dimanche, un tel désaveu. Question social, le moins qu’on puisse dire est que Lionel Jospin avait des titres à faire valoir mais, la preuve, ils n’ont pas suffi. C’est tellement évident, indiscutable, qu’au moment même où la gauche socialiste avançait, en France ses arguments, les « nouveaux travaillistes » de Tony Blair s’engouffraient, eux, dans la brèche française pour plaider la thèse opposée. La preuve est faite, disent-ils depuis dimanche aux autres sociaux-démocrates européens, qu’il vous faut, comme nous, tabler sur les classes moyennes, rompre avec les carcans législatifs, ne plus entraver l’innovation par la réglementation, laisser librement croître l’économie et cantonner le rôle de l’Etat à l’éducation et la formation permanente, les outils de l’égalité des chances. Pour les blairistes, il ne faut pas vouloir réguler l’économie mais donner à chacun les mêmes armes dans la bataille économique, ne pas interdire, par exemple, les licenciements mais permettre aux salariés de s’adapter aux changements, de suivre les évolutions de la production. Tout, bien sûr, n’est pas faux dans ce raisonnement mais le fait est, aussi, que Tony Blair vient de se résoudre à augmenter les impôts pour sauver le système de santé britannique, que les inégalités sont extrêmes en Grande-Bretagne et qu’il vaut nettement mieux être chômeur en France qu’au Royaume-Uni. Dans toute la gauche européenne, le débat va faire rage mais, au-delà du blairisme et des mythes socialistes, le problème de la social-démocratie est qu’elle ne sait plus parler au cœur, qu’aucun de ses courants ne sait parler vrai, dire, en même temps, que l’économie de marché est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres, qu’il ne s’agit pas de vouloir la refuser, qu’il faut donc recréer, dans ce cadre, un rapport de force entre actionnaires et salariés, réinventer un arbitrage entre le travail et le capital, l’arbitrage de l’Etat, bras armé de la démocratie, auquel il faut donner le poids continental, européen, que l’argent a déjà pris.

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