Les bonnes nouvelles devenaient rares mais, là, c’en est une. En cédant, hier, devant l’homme qu’il avait nommé Premier ministre il y a près de deux mois, en acceptant finalement la composition du gouvernement que lui proposait Mahmoud Abbas, Yasser Arafat vient d’ouvrir la voie à une très incertaine mais possible relance du processus de paix israélo-palestinien. Après s’être mis d’accord sur une « feuille de route » prévoyant la création d’un Etat palestinien d’ici deux ans, Américains, Russes et Européens en avaient en effet conditionné l’application à la mise en place, d’un gouvernement palestinien à même de lutter contre la corruption et le recours au terrorisme. L’objectif déclaré des Etats-Unis, de l’Europe et de la Russie était de cantonner ainsi Yasser Arafat à des fonctions honorifiques et de pouvoir traiter avec un nouvel interlocuteur, non plus avec un chef de guerre mais avec un homme d’Etat, réellement prêt au compromis historique qu’exigerait la paix. Si Mahmoud Abbas, mieux connu sous son pseudonyme d’Abou Mazen, est bel et bien confirmé, ce week-end, par le Conseil législatif palestinien, une situation nouvelle va donc se créer. Ce n’est pas seulement que les commandes passeront à ce Premier ministre, vieux combattant de la cause palestinienne mais partisan déclaré d’une « démilitarisation » de l’Intifada, ancien artisan des accords d’Oslo et crédité par les Israéliens d’un réel pragmatisme. C’est aussi, c’est surtout, que Georges Bush ne pourra plus se dérober à une réelle intervention dans ce conflit, qu’un plan de paix sera remis sur la table, que l’Europe, la Russie et l’Onu pousseront à la roue et que Tony Blair et José Maria Aznar ne seront pas les derniers à le faire car ils ont toujours dit que leur soutien à la guerre d’Irak faciliterait un règlement de la question palestinienne. Maintenant que les choses évoluent à Ramallah, Ariel Sharon devra, lui, faire un choix, se murer dans l’intransigeance, ce qu’il se défend de vouloir faire, ou comprendre, au contraire, qu’il peut entrer dans l’Histoire comme l’homme qui aurait enterré la hache de guerre avec les Palestiniens et fait accepter Israël par le monde arabe. On n’en est pas là. Rien n’est garanti. Il y aura beaucoup de rebonds, de blocages, de ruptures, de nouveaux attentats comme celui de ce matin, mais trois éléments autorisent, pourtant, à un certain optimisme. Le premier est l’intérêt que Georges Bush aurait à prouver aux Etats et aux peuples arabes qu’il est, maintenant, tout aussi prêt à faire pression sur la droite israélienne qu’il l’était à renverser Saddam. Le deuxième est que les dirigeants syriens paraissent disposés à amadouer les Etats-Unis en cessant de soutenir les mouvements terroristes palestiniens et en mettant, parallèlement, terme aux attaques lancées par le Hezbollah contre Israël à partir du Sud-Liban. Le troisième est l’évolution des élites palestiniennes au sein desquelles se multiplient depuis des mois les appels à l’arrêt de la violence, à la poursuite de la lutte par des moyens pacifiques et à la reprise des pourparlers, totalement interrompus lorsque Yasser Arafat n’avait pas su dire « oui » au plan Clinton.

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