C’est un accord qui pourrait profiter à beaucoup de monde. La Turquie et l’Arménie viennent d'annoncer qu’elles s’étaient mises d’accord sur une « feuille de route » visant à la normalisation de leurs relations, actuellement inexistantes en raison, premièrement, du refus turc de reconnaître le génocide dont les Arméniens avaient été victimes du temps de l’empire ottoman et, deuxièmement, de l’occupation, par l’Arménie, d’une région de l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabakh, dont la population est aux quatre cinquièmes arménienne. Le génocide des Arméniens de Turquie – dont la commémoration annuelle a lieu ce jour même – remonte aux débuts de la Première Guerre mondiale et à l’éclatement de l’empire ottoman. La question du Haut-Karabakh, qui avait fait 30 000 morts aux débuts des années 90, est l’un des legs de Staline qui, pour mieux contrôler les Républiques soviétiques, les avaient toutes truffées, comme la Géorgie, de territoires autonomes peuplés par des populations d’autres Républiques. Tout cela remonte à bien longtemps mais la charge passionnelle de ces deux crises reste énorme. Les Arméniens ne peuvent naturellement pas admettre le déni turc des souffrances qui leur ont été infligées. La Turquie ne veut pas admettre ses torts historiques de peur de voir son Histoire entachée par ce crime et de devoir faire face à des demandes d’indemnité. Quant à l’Azerbaïdjan, allié de la Turquie dans une région que l’empire ottoman avait autrefois dominée, il refuse d’abandonner le Haut-Karabakh à l’Arménie car aucune des anciennes Républiques soviétiques n’admet que l’éclatement de l’URSS puisse modifier ses frontières, autrefois internes mais devenues internationales. C’est ainsi que la Turquie et l’Arménie n’avaient jamais noué de relations diplomatiques et que les Turcs avaient même fermé leur frontière avec l’Arménie en 1993 mais cette situation ne pouvait plus éternellement durer. La Turquie savait qu’elle n’avait aucune chance d’intégrer, un jour, l’Union européenne sans avoir reconnu le génocide arménien. L’Arménie, elle, avait besoin d’ouvrir sa frontière turque pour pouvoir profiter de sa position de voie de passage entre le Caucase et l’Europe. Les partisans européens de l’adhésion turque voulaient voir lever l’obstacle du génocide. Les Etats-Unis avaient tout intérêt à ce que la Turquie ne prête plus flanc aux critiques car ils comptent sur elle comme intermédiaire entre eux-mêmes et l’Iran comme entre Israël et les Palestiniens. La Turquie, enfin, aspirait à tourner cette page pour pouvoir pleinement devenir un facteur de paix aux confins de l’Europe, du Caucase et du Proche-Orient. Négociée à Genève, la feuille de route prévoirait l’établissement de relations diplomatiques sous quelques mois et la création d’une commission historique sur le génocide. Le seul perdant est l’Azerbaïdjan mais reste à voir, maintenant, si les promesses de cet accord seront tenues et comment.

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