La bataille de l’entre deux tours ne concerne pas que la France. Soudainement très suivie par les capitales européennes et devenue l’objet de grands titres dans la presse internationale, elle porte en elle deux scenarios pour l’Europe.

Dans l’hypothèse d’une victoire de François Hollande, le débat européen se politise. Comme il l’a annoncé, répété, martelé, le nouveau président s’oppose à Angela Merkel sur la question de la croissance dans l’Union. C’est un bras de fer. Il dure à n’en pas douter mais la France finit par trouver des alliés dans sa volonté d’accompagner le retour aux équilibres budgétaires de mesures de relance propres à parer les dangers de déflation, porteurs pour l’Europe d’une nouvelle envolée des taux de chômage et d’endettement.

Dans cette bataille, le président Hollande ne serait en effet pas seul car son inquiétude sur la croissance est partagée par nombre d’économistes, de journaux d’analystes financiers, de banques, de patrons, de syndicats bien sûr et de gouvernements de droite aussi qui craignent, comme lui, qu’à force de saignées, l’Europe ne se retrouve exsangue, en proie à de vrais troubles sociaux et économiquement affaiblie.

Si François Hollande gagnait ainsi ce qui serait la grande bataille de son mandat, il deviendrait probable que la gauche revienne au pouvoir ou reprenne du poids dans d’autres pays d’Europe. Aujourd’hui de droite et très libérale, la majorité pourrait en être progressivement changée au sein du Conseil européen, de l’assemblée des 27 chefs d’Etat et de gouvernement où l’essentiel des politiques européennes se décide. Ce serait l’alternance aux commandes de l’Union qui pourrait alors s’engager, fut-ce à quelques uns, dans de plus grandes harmonisations fiscales et sociales, des politiques industrielles communes et une communautarisation de ses dépenses lui permettant de redresser ses comptes tout en investissant dans l’avenir.

A terme, cette évolution serait porteuse d’une plus grande intégration politique, conforme aux vœux de la social-démocratie, des Verts, et d’une large partie des centristes des différents pays membres. Rien ne se déroulerait évidemment là sans à-coups et grandes difficultés mais c’est le premier scénario, celui que la gauche européenne, au moins, espère mettre en œuvre.

Dans le second, l’Europe serait beaucoup moins assurée de retrouver une popularité. Réélu, Nicolas Sarkozy aurait également à cœur de parer les dangers de déflation qu’il a récemment dénoncés qu’il craint aussi mais ses propositions rejoindraient alors celles d’Angela Merkel et des libéraux. Ce serait plus de déréglementation et de pressions sur les salaires et la protection sociale. Le poids de l’europhobie et des nouvelles extrêmes-droites en serait renforcé. Les droites européennes se trouveraient confrontées aux mêmes difficultés que le gouvernement des Pays-Bas qui vient de démissionner après avoir été lâché par ses soutiens nationalistes. Ce ne serait pas la mort de l’Union mais le divorce s’accentuerait entre l’Europe et les Européens.

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