Laurent Fabius a, hélas, raison. Il ne s’en est en effet fallu que de « quelques minutes » pour qu’on échappe à l’« absolu carnage » qu’aurait fait cet attentat contre l’ambassade de France à Tripoli si tous ses collaborateurs avaient déjà été sur place au moment où la voiture piégée a explosé.

C’est dire qu’on ne saurait sous-estimer ni la détermination des terroristes ni les menaces pesant aujourd’hui sur la France. La situation qui s’est créée hier est plus qu’inquiétante et impose, donc, de répondre aux trois questions de fond qu’elle est venue poser.

La première est de savoir si Nicolas Sarkozy, alors approuvé par l’opposition de gauche, avait eu tort ou raison de provoquer la chute du colonel Kadhafi. Après tout, disent ou murmurent ceux qui pensent que ce fut une erreur, un ordre régnait avant à Tripoli, si détestable qu’il ait été, et ce pays qui ne l’est plus était au moins tenu. Ce n’est pas faux.

C’est même vrai mais on oublie, en disant cela, que le colonel Kadhafi avait donné l’ordre de faire sauter deux avions de ligne, qu’il finançait tous les mouvements terroristes de la terre, que ses services suscitaient des troubles dans toute l’Afrique sahélienne, qu’il n’avait donné des gages aux Etats-Unis et à l’Europe que lorsqu’il avait craint d’être renversé dans la foulée de Saddam Hussein et qu’il s’apprêtait à passer Benghazi par le fil de l’épée et l’aurait fait si l’aviation de l’Otan ne l’en avait pas empêché. Sa mort a laissé son pays dans un état d’anarchie mais, outre que même le FBI n’a pas su empêcher l’attentat de Boston et que la Libye reste reconnaissante à la France de son intervention, le mal que peuvent y faire des mouvements terroristes reste extrêmement relatif comparé à la monstruosité et au danger stratégique que ce dictateur incarnait.

La deuxième question est de savoir si François Hollande, approuvé par l’opposition de droite, a eu tort ou raison d’intervenir au Mali. La question se pose puisque l’attentat d’hier est bien évidemment une réponse à cette intervention mais il faut se demander, là encore, ce qui se serait passé si la France n’avait pas pris cette décision. Le Mali serait aujourd’hui aux mains de mouvements djihadistes et tous les pays du Sahel et toute l’Afrique du Nord vivraient avec un foyer terroriste à leurs frontières qui menacerait également la France et l’Europe entière.

Toute action militaire a des conséquences et le seul problème est de savoir si elles sont plus ou moins graves que celles de l’inaction. En Libye comme au Mali, la réponse est claire et la troisième question est ainsi de savoir si les Occidentaux ont eu tort ou raison de soutenir les révolutions arabes. Beaucoup en doutent mais, outre que ces révolutions étaient et sont une réalité qu’on ne peut nier, les mondes arabes sont-ils aujourd’hui moins menaçants ou plus qu’au temps des dictateurs ? Ils le sont moins parce que la violence djihadiste n’y est plus la seule alternative aux dictatures, que l’exercice du pouvoir y use les islamistes à grande vitesse, que ces sociétés sont devenues pluralistes et que la démocratie y trouve son chemin, bien trop lentement mais sûrement. Pour les deux rives de la Méditerranée, la bataille reste longue mais il n’y a pas d’autre choix que de la mener.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.