A partir du 2 mai, les États-Unis ne veulent plus voir une seule goutte de pétrole quitter l’Iran, afin de faire tomber le régime. Ils menacent de sanctions ceux qui ne respecteraient pas leur embargo unilatéral.

Photo d’archive du terminal pétrolier iranien de l’île de Khark, en avril 2017, avant l’embargo pétrolier décrété par les États-Unis en novembre 2018, et qui sera aggravé le 2 mai 2019.
Photo d’archive du terminal pétrolier iranien de l’île de Khark, en avril 2017, avant l’embargo pétrolier décrété par les États-Unis en novembre 2018, et qui sera aggravé le 2 mai 2019. © AFP / ATTA KENARE / AFP

Malgré le caractère imprévisible du personnage, Donald Trump a quelques obsessions, et l’Iran en est une. Le Président américain a décrété que dans huit jours, plus une goutte de pétrole ne devra quitter le sol iranien, sous peine de sanctions contre le pays importateur.

C’est la dernière manifestation de l’unilatéralisme américain, par lequel Washington impose sa loi au reste du monde, en l’occurrence sur le dossier iranien où les États-Unis font cavalier seul depuis qu’ils se sont retirés de l’accord nucléaire il y a près d’un an. Totalement injustifiée au regard du droit international, ces décisions ne reposent que sur la puissance des États-Unis et leur capacité à sanctionner qui bon leur semble.

En fait, un embargo pétrolier avait été imposé dès novembre dernier, mais Washington avait alors accordé un sursis à certains pays. Le 2 mai, ces « waivers », c’est-à-dire des exemptions, prendront fin, et les cinq pays concernés devront décider s’ils obéissent à Donald Trump - ou s’ils choisissent la confrontation.

Ces cinq pays sont la Chine, la Turquie, l’Inde, la Corée du Sud et le Japon. La Chine, qui a des relations délicates avec Washington, a condamné la mesure, et la Turquie, pourtant membre de l’Otan, a déjà fait savoir qu’elle refusait de s’y plier. Il faudra voir si cette posture tiendra longtemps face aux pressions de Washington.

Officiellement, les Américains affirment qu’ils veulent contraindre l’Iran à négocier à la fois un meilleur accord nucléaire, et des limites à sa capacité balistique et à son activisme dans la région.

Dans la réalité, ils veulent tout simplement provoquer l’effondrement du régime iranien. Les faucons de l’administration sont convaincus de l’impopularité du régime des Mollahs, qui s’est exprimée dans des mouvements sociaux ces derniers mois ; ils veulent l’aggraver en  privant Téhéran de sa principale ressource financière.

D’autant que l’Iran est actuellement confronté à des inondations catastrophiques. Non seulement l’administration américaine, contrairement aux Européens et notamment la France, refuse d’apporter la moindre aide humanitaire, mais elle serre encore plus l’étau au moment où le pays est en difficulté.

L’administration est partagée non pas entre durs et modérés, mais entre durs et très durs s’agissant de l’Iran. Mike Pompéo, le Secrétaire d’État, a déclaré que les États-Unis ne feraient pas la guerre à l’Iran, ce dont rêve l’autre homme clé de Washington sur ces questions, le Conseiller national à la Sécurité, John Bolton.

Cette administration a pris le parti de s’aligner totalement sur l’axe israélo-saoudien qui veut abattre le régime iranien, chacun avec son propre agenda.

La question iranienne devient d’ailleurs un enjeu politique intérieur, puisque plusieurs ténors démocrates ont déclaré qu’en cas de victoire l’an prochain, ils réintègreraient l’accord nucléaire que les Européens et l’Iran tentent difficilement de maintenir en vie.

En attendant, Donald Trump avance, tout seul contre une bonne partie du monde.

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