Le Conseil européen s’est réuni hier par visioconférence, pour surmonter les divisions sur la mutualisation de la dette à venir. Ces divisions occultent le fait que l’Europe agit déjà pour empêcher l’effondrement des économies européennes.

Conseil européen par visioconférence hier, les écrans empêchent les apartés qui permettent de faire avancer les compromis entre les « 27 ».
Conseil européen par visioconférence hier, les écrans empêchent les apartés qui permettent de faire avancer les compromis entre les « 27 ». © AFP / Ian LANGSDON / POOL / AFP

Faut-il désespérer de l’Europe ? Poser la question, c’est déjà considérer que l’Union européenne, une fois de plus, n’a pas été à la hauteur de la crise sanitaire que nous traversons. C’est le sentiment de nombreux Européens, comme le montrent certaines études d’opinion, surtout en Italie, le premier et le plus touché des pays du continent, avec l’Espagne. 

La Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a fait le geste, très inhabituel, de présenter ses excuses aux Italiens, au nom de l’Europe. Elle a reconnu que l’Union n’avait pas été assez solidaire lorsque le nord de l’Italie a été frappé par l’épidémie de coronavirus.

Il s’est passé beaucoup de choses depuis, et le problème se pose en des termes différents aujourd’hui, même si la perception des opinions reste celle d’une absence, ou d’un déficit d’Europe dans la gestion de cette crise. Avec cette conclusion tentante, à quoi bon faire partie d’un club qui n’est jamais là quand vous en avez besoin ?

C’est le grand paradoxe de ce moment hors du commun que nous vivons : à la crise sanitaire, s’est rajoutée, s’est accrochée pourrait-on dire, une crise économique d’ampleur historique. Et là, sans que les citoyens européens ne le réalisent pleinement, le bouclier protecteur de l’Europe joue à plein.

Certes, il ne s’agit-pas de respirateurs quand ils manquent dans les hôpitaux, mais de milliards d’euros, de centaines de milliards d’euros, qui font que, jusqu’ici, les pays européens sont capables de faire face à l’arrêt de leurs économies sans s’effondrer ; au contraire, en assurant le plus grand filet de sécurité au monde. Et c’est la Banque centrale européenne qui est à la manœuvre, au nom des Européens.

Pourtant l’image dominante est celle de la division des Européens… Elle n’est pas fausse, mais elle ne dit pas toute l’histoire. Le Conseil européen est en effet divisé sur une question-clé, celle de la mutualisation de la dette à venir pour financer la relance de nos économies après cet électrochoc.

La question est de savoir si on fait comme avant, chacun s’endette aux conditions permises par son économie, accentuant ainsi les divisions au sein de la zone euro ; ou si on fait face en commun, en empruntant ensemble, pour aider les régions et les secteurs les plus atteints ; pour le bien de tous puisque tous les États européens font une majorité de leurs échanges sur le continent.

Les discussions ont été initialement vives, puis moins tranchées, et on va vers une formule de compromis, qui reposera en grande partie sur une entente entre la France et l’Allemagne. L’Europe, disait Jacques Delors, est une machine à générer des compromis… Ils prennent du temps, mais l’enjeu est cette fois existentiel : qui peut prendre la responsabilité d’un échec ?

Le compromis sauvera la face, on ne parlera sans doute pas de « corona bonds » dont les Néerlandais ne veulent pas, et l’endettement commun passera peut-être par le budget communautaire. Mais il faudra un résultat qui permette aux citoyens européens de sentir que l’Europe est réellement solidaire. 

Ca n’est pas gagné, mais il est encore trop tôt pour désespérer réellement d’une Europe qui, sans que nous le réalisions, nous permet déjà de faire face à la crise du siècle.

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