Ce fut une mauvaise année, et d’abord pour l’Europe. Pour elle, 2003 fut une année noire car, commencée dans la division, elle s’achève dans le désarroi. Dès le premier trimestre, l’Europe qui venait de s’élargir s’est scindée en deux camps, ceux qui soutenaient la volonté des Etats-Unis d’intervenir en Irak et ceux qui s’y opposaient, d’un côté la France et l’Allemagne, la FrancAllemagne, de l’autre la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie et les anciens pays communistes. Entre ces deux camps, la bataille était féroce, mais elle parut longtemps ne pas compromettre l’avenir. A Bruxelles, après tout, comme indifférents à ce bras de fer, des élus des vingt-cinq pays membres travaillaient à un projet de Constitution pour l’Union et, semaine après semaine, trouvaient si bien les compromis nécessaires à cette entreprise qu’ils ont su remplir leur mandat. Cet été, l’Europe avait une Constitution mais lorsqu’il s’est agi de la faire adopter par les gouvernements, ce fut la désunion européenne. Ce n’est pas que les camps irakiens se soient alors reformés. Ce fut bien pire que cela car il est alors apparu que la connivence franco-allemande faisait peur à beaucoup de capitales, que beaucoup d’autres, pas toujours les mêmes, n’étaient pas encore prêtes à transcender leurs souverainetés dans une souveraineté commune et à affirmer une Europe politique sur la scène internationale, qu’il y avait, également, une Europe libérale qui ne voulait pas défendre, à vingt-cinq, le modèle social européen mais bien plutôt rompre avec lui. Ce n’est pas la première crise de la construction européenne. Comme les autres, elle sera surmontée mais, pour l’heure, l’Europe ne sait pas comment recoller les morceaux et cette parenthèse peut durer. La Russie, parallèlement, a terminé l’année sur des élections qui ont consacré le retour de fait à un système de parti unique, non plus communiste mais présidentiel. Traumatisée par la violence de son passage à l’économie de marché et la piraterie qui y a présidé, la Russie se replie dans le nationalisme et une nostalgie de l’ordre, dans un national-capitalisme qui n’augure rien de bon. Quant aux Etats-Unis, les apparences sont trompeuses. Ils terminent, c’est vrai, l’année beaucoup moins mal qu’il ne l’avait commencée. Leur croissance économique, la soudaine allégeance de la Libye, l’arrestation de Saddam Hussein et la multiplication des coups de filet contre les groupes armés irakiens paraissent effacer l’isolement de la Maison-Blanche dans les mois précédant la guerre et le chaos qui l’avait suivie. Cette embellie est réelle. Elle peut durer une bonne partie de 2004 et assurer un second mandat à Georges Bush mais ces succès mêmes sont porteurs de difficultés car, s’ils se confirment, les Etats-Unis se retrouveront comptables non seulement de l’Irak mais de tout le Proche-Orient. Il leur faudra décider, trancher, imposer ou non un règlement israélo-palestinien, choisir leurs alliés entre sunnites et chiites, les Kurdes et la Turquie, Téhéran et Riyad. D’autres empires s’y sont cassé les dents et les Etats-Unis pourraient bientôt éprouver qu’on peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus.

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