Géopolitique, par Anthony Bellanger.

C’est passé un peu inaperçu, mais hier ont été symboliquement inaugurés les travaux du futur canal du Nicaragua… Et sur le papier, ça promet d’être un des chantiers les plus impressionnant du siècle : il s’agit ni plus ni moins que de percer un second canal interocéanique entre l’Atlantique et le Pacifique. Un second canal de Panama en sorte.Sauf que celui-là sera trois fois plus long : 278kms de voies navigables contre 77km pour celui de Panama. Un canal qui traversera donc de part en part le plus grand mais aussi le plus pauvre d’Amérique centrale.Un canal qui, techniquement, est envisageable grâce à une particularité géographique : sur un tiers de sa longueur, le futur canal traversera le lac Nicaragua, grand comme la Corse et situé à quelques dizaines de mètres au dessus du niveau de la mer.D’ailleurs tout est immense dans ce projet : les sommes en jeu – on parle au bas mot de 50 milliards de $ - la largeur de l’ouvrage – entre 230 et 520 mètres – sans compter les routes d’accès, les 2 ports en eaux profondes et les 3 aéroports.Relance : quel est l’intérêt d’un tel ouvrage ? Clairement : faire concurrence au canal de Panama et pour la Chine, contrôler une nouvelle route commerciale plus directe et surtout moins soumise aux Etats-Unis. Parce qu’évidemment, et ce n’est pas un détail, c’est la Chine qui paie.Pour bien comprendre, il faut regarder une carte. La Chine importe du pétrole ou des matières premières du Moyen-Orient ou d’Afrique et exporte ses produits industriels vers l’Europe ou les Etats-Unis.Pour faire rapide, dans les deux cas, elle passe par soit par le détroit de Malacca, entre l’Indonésie et la Malaisie, soit par Panama. C’est à dire par des routes maritimes contrôlées par les Etats-Unis.D’où le percement de ce nouveau canal. Les Chinois ont d’ailleurs obtenu des conditions exorbitantes : la concession de ce futur canal leur a été accordée pour 50 ans renouvelable une fois et ils pourront eux-mêmes exproprier les paysans.Relance : les travaux ont débuté mais ont-ils des chances de se terminer ? C’est effectivement toute la question ! Sur les papiers, en 5 ans ce sera plié ! Le problème, c’est qu’il faut maintenant lever des fonds pour le construire ce canal. La Nicaragua comptait sur le Venezuela et la Russie pour mettre au pot.Jusqu’à il y a quelques mois encore, c’était plutôt un calcul malin. Le Venezuela a du brut à exporter, la Russie veut elle aussi s’affranchir des Etats-Unis et reprendre pied dans la région. Mais ça, c’était avant la chute brutale des prix du pétrole.Depuis le rouble s’est effondré, le Venezuela est quasiment ruiné, et le canal de Panama est à quelques mois d’achever de gigantesques travaux d’agrandissement. Même les Cubains se sont rabibochés avec les Etats-Unis !Du coup, il ne reste plus que la Chine pour y croire encore. Autrement dit, voilà un canal a peine inauguré et qui déjà prend l’eau…

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