Après la démission du Secrétaire à la Défense Jim Mattis, c’est Emmanuel Macron qui a critiqué hier la décision du président américain de retirer ses troupes de Syrie. Tous deux interrogent la fiabilité de l’alliance avec l’Amérique.

Convoi de véhicules américains, vendredi 21 décembre dans le nord-est de la Syrie, deux jours après l’annonce par Donald Trump du retrait des 2000 soldats américains de Syrie.
Convoi de véhicules américains, vendredi 21 décembre dans le nord-est de la Syrie, deux jours après l’annonce par Donald Trump du retrait des 2000 soldats américains de Syrie. © AFP / Delil SOULEIMAN / AFP

Donald Trump avait annoncé la couleur pendant sa campagne électorale en 2016, en affirmant que l’armée américaine devait cesser de combattre là où elle n’a selon lui rien à faire. 

Et pourtant, depuis sa décision, la semaine dernière, de retirer les 2000 soldats américains de Syrie, l’onde de choc est immense : démission du Secrétaire à la défense Jim Mattis, suivi du représentant américain pour la lutte anti-Daech, Brett McGurk, et enfin, hier, vives critiques d’Emmanuel Macron présent au côté des troupes françaises au Tchad.

Donald Trump n’avait sans doute pas anticipé l’ampleur de ces réactions négatives planétaires, et il s’est vengé hier du général Mattis en le remplaçant dès le premier janvier au ministère de la défense, alors que celui-ci avait annoncé qu’il partirait fin février. Emmanuel Macron devrait surveiller le compte Twitter du Président américain, il devrait en prendre lui aussi pour son grade.

Ce n’est évidemment pas le principe du retrait des troupes américaines d’un théâtre d’opérations lointain qui est en cause, au contraire. Pendant sa propre campagne, Emmanuel Macron avait tenu un discours assez proche de celui de Donald Trump sur les interventions militaires à l’étranger, critiquant celles d’Irak et de Libye qui ont créé plus de chaos là où elles devaient amener la démocratie.

Non, ce qui est en cause ici, c’est à la fois le mode de décision unilatéral, le moment choisi pour ce retrait, ses conséquences, et surtout, la loyauté vis-à-vis de ses alliés. 

Il est frappant qu’on retrouve le même argument dans la lettre de démission du général Mattis et dans la déclaration d’hier d’Emmanuel Macron : Dans sa lettre, le ministre américain utilise six fois le mot « alliés » ou « alliance » et demande que les alliés des États-Unis soient traités avec respect, tandis que le Président français déclare dans sa réponse à Trump qu’« un allié se doit d’être fiable ».

Dans le cas de la Syrie, ce qui est en jeu, c’est le sort des alliés kurdes des États-Unis, qui ont été le fer de lance de la lutte contre Daech et que Donald Trump abandonne face aux menaces de l’armée turque de les annihiler. Et la France, qui a aussi des forces spéciales sur le terrain, n'a même pas été consultée.

Mais c’est plus largement la fiabilité, pour reprendre le mot d’Emmanuel Macron, de l’Amérique qui est interrogée. C’est la question que semble se poser Benyamin Netanyahou, qui ne jurait auparavant que par Donald Trump : le premier ministre israélien a vainement tenté de s’opposer à ce retrait américain, qui laisse le terrain syrien libre à l’Iran.

Mais c’est aussi la question que doivent se poser les Polonais, très "Trumpophiles" au point de proposer de créer -et de financer- une base américaine permanente en Pologne baptisée « Fort Trump ». Que vaut la garantie de sécurité d’un président aussi dysfonctionnel ? Emmanuel Macron en profite pour poser indirectement la question aux Européens. 

Les Kurdes, eux, ont déjà la réponse.

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