Ahmed Gaïd Salah est donc décédé quelques jours à peine après avoir installé au pouvoir un président selon son coeur et ses intérêts bien compris. L'avenir est donc ouvert.

Le général Gaïd Salah
Le général Gaïd Salah © AFP / RYAD KRAMDI

Hier, on a donc appris la mort du général algérien Gaïd Salah...En fait, Ahmed Gaïd Salah, chef de l'armée algérienne, homme fort de ce « régime » algérien détesté par les millions de manifestants qui, depuis des mois, descendent dans la rue, est mort dans la nuit de dimanche à lundi.

L'annonce de son décès aurait donc été retardée de plusieurs heures. Le détail a de l'importance : ça signifie que ce décès soudain a pris de court cette Algérie officielle et officieuse, militaire et civile, qui tente désespérément de sauver sa peau.

Parce qu'on épuise pas le pedigree d'Ahmed Gaïd Salah en expliquant qu'il est le tombeur de l'ex-président Bouteflika, de son clan familial et de sa clientèle d'affairistes : Ahmed Gaïd Salah, c'était à la fois une sorte de parrain mais aussi le dernier des moudjahids.

C'est lui qui a porté à bout de bras cette grotesque présidentielle du 12 décembre dernier qui a accouché d'un président falot, Abdelmadjid Tebboune, qui n'avait qu'une vraie qualité : être l'homme des militaires et l'ami du mort, Ahmed Gaïd Salah.

Donc, Gaïd Salah décédé, le président se retrouve sans parrain et l'Armée nationale populaire, l'ANP, sans guide. Pour rappel, l'armée algérienne est le cœur du « système » aujourd'hui honni. Depuis, en fait, la prise de pouvoir de Houari Boumédiène en 1965.

A l'image de l'Egypte de Nasser ou de la Syrie du parti Bath, ses modèles, l'ANP c'est l'Etat. C'est pour ce type de régime, militaire au fond, civil pour la forme, qu'on a forgé le concept « d'Etat profond ».

Or, comme en Egypte, cette armée algérienne ne réapparait sur le devant de la scène du pouvoir qu'en cas de crise existentielle : la dernière fois, c'était dans les années 90 : la décennie noire, une centaine de milliers de morts, une guerre civile. S

Surtout, une mise au ban des nations avec embargo sur les armes et des généraux empêchés pour longtemps de parader à l'étranger. Donc, lorsqu'en février dernier des millions de manifestants pacifiques ont envahi les rues du pays, les généraux algériens et à leur tête Gaïd Salah n'ont eu qu'une idée : plus jamais ça !

Plier mais ne pas rompre : l'Armée algérienne résiste

Exactement : on destitue la momie Bouteflika, on emprisonne l'entourage, on donne des gages faciles à la foule. On fait, en clair, un coup d'Etat entre soi. Une révolution de palais en somme.

Et comme la foule continue de manifester, on arrête les têtes qui dépasse - journalistes, militants – mais on tient le choc, encore et toujours : Le régime plie mais ne rompt pas.  

L'idée c'est d'épuiser la foule et de redonner au plus vite la vitrine d'un pays fatigué à des civils qu'on a choisi et dont on est sûr. D'où la désignation d'Abdelmadjid Tebboune.

Il ne manquait à ce plan parfait que quelques mois, quelques semaines : le temps d'entamer une « conciliation nationale » d'opérette avec le mouvement « Hirak » et ensuite, de prendre sa retraite : celle de Gaïd Salah, c'était pour juillet 2020.

Avec cette mort, tout est gâché et c'est maintenant que l'affaire devient passionnante. Que fera Abdelmadjid Tebboune sans son parrain ? Aura-t-il l'audace de renverser la table ?

Autrement dit, l'Algérie suivra-t-elle le destin de l'Egypte ou le « système » a mieux que survécu au Printemps arabe : il a repris la main ; ou au contraire, saura-t-elle s'inventer un avenir démocratique  ? Haletant, non ?

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