La lettre date de vendredi. Adressée au représentant de l’Irak aux Nations-Unies, signée par Hans Blix, le chef de la mission d’inspection de l’Onu, elle est tout simplement comminatoire. L’Irak, dit-elle, doit remettre à la Commission de contrôle et de vérification, ses missiles Al-Samoud 2 pour que leur processus de destruction puisse commencer d’ici le 1er mars prochain. L’Irak s’est, autrement dit, vu donner neuf jours, pas un de plus, pour se défaire de missiles qui dépassent d’une trentaine de kilomètres la portée qui lui est autorisée. Le texte de cette lettre a été connu samedi. Dès le lendemain matin, le secrétaire-général de l’Onu, Kofi Annan, se disait convaincu que l’Irak obtempérerait. Quelques heures plus tard, un officiel irakien déclarait que la lettre d’Hans Blix était à l’étude, que son pays « l’examinait sérieusement » et que la destruction de ces missiles affecterait la défense irakienne mais « pas totalement ». L’Irak, en clair, n’est pas loin de renoncer à ses missiles et, parallèlement, annonce qu’il va fournir à l’Onu la preuve de la destruction des armes chimiques et biologiques dont il s’était doté. Le consensus étant maintenant à peu près général sur le fait que Saddam Hussein ne dispose pas aujourd’hui d’armes nucléaires, le désarmement de l’Irak est en bonne voie, progresse en tous cas, mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne n’en entendent pas moins présenter, demain, au Conseil de sécurité un projet de résolution qui leur permettrait d’entrer en guerre à la date de leur choix, sous moins d’un mois, vraisemblablement dans trois semaines. Avec ou sans aval de l’Onu, la guerre approche. La guerre est proche. La destruction des missiles irakiens n’y changerait rien, Georges Bush l’a déclaré lui-même. L’Amérique, en bref, ne fait plus aucun mystère de sa volonté d’aller renverser Saddam Hussein, quoi qu’il arrive, désarmement ou pas, car les Etats-Unis considèrent ne plus pouvoir reculer. Ils sont allés si loin, ont mobilisé tant de forces, ont tant dénoncé les pays qui plaident la poursuite des inspections et soulignent leurs résultats, qu’ils s’estimeraient, aujourd’hui, humiliés, perdants, s’ils devaient rapatrier leurs troupes sans avoir renversé le régime irakien. A leurs yeux, ce serait non seulement le triomphe politique de la France et des pays qui la suivent mais aussi celui de Saddam qui se maintiendrait au pouvoir et serait bientôt fondé, ayant désarmé, à demander la levée de l’embargo qui le frappe. Non seulement Saddam survivrait à cette épreuve de force mais il pourrait recommencer à vendre son pétrole et retrouverait ainsi les moyens de consolider son pouvoir. Ce serait trop pour la Maison-Blanche qui serait obligée, du même coup, d’abandonner ses rêves de reconstruction du Proche-Orient. Georges Bush ne reculera pas, tout l’indique, mais ses alliés et lui auront, en même temps, de plus en plus de mal à justifier cette guerre. Chaque jour, l’enjeu se réduit un peu plus à la question de la suprématie américaine sur le monde. Chaque jour, cette guerre devient plus inacceptable et folle, dangereuse surtout car l’après-guerre, dans ces conditions, devient toujours plus incertain.

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