Il y a désormais un quatrième dossier proche-oriental. En plus du redémarrage du processus de paix israélo-palestinien, de l’affaire du nucléaire iranien et, bien sûr, de l’Irak, le Liban devient le quatrième point chaud de la région car, depuis l’assassinat de Rafic Hariri, tout bouge dans ce pays et, donc, également en Syrie. A Beyrouth, d’abord, ce meurtre a radicalement changé la donne intérieure. Encore très divisés par les séquelles de la guerre civile, tous les Libanais, chrétiens, musulmans et druzes, se sont soudain réunis derrière leur drapeau national. Tous communient désormais dans une commune aspiration à la fin de la tutelle syrienne car Rafic Hariri était musulman, que sa mort est imputée à la Syrie et que les sunnites se dressent en conséquence contre son protectorat, comme le faisaient déjà les Druzes et les Chrétiens. Contre la Syrie, un Liban unitaire se reforme et le symbole de ce changement est ce drapeau national dans lequel s’étaient littéralement enroulés les quelques cent mille manifestants qui ont défilé lundi sur les lieux de l’attentat dont Rafic Hariri avait été victime huit jours auparavant. C’est un mouvement de fond, si radical que le gouvernement en place, pourtant aux ordres de Damas, lâche du lest, ne refuse plus l’arrivée d’une commission d’enquête de l’Onu et se dit même prêt à négocier les conditions de sa démission. C’est sur des œufs que la Syrie marche maintenant au Liban et, parallèlement, à Damas, l’opposition s’en est trouvée suffisamment enhardie pour avoir circulé un appel au président Bachar al-Assad demandant que soit instaurée avec le Liban « une relation saine et basée sur l’égalité». Signé par plus de deux cents personnalités, ce texte va jusqu’à dénoncer le maintien de « vieilles méthodes politiques qui ne sont plus à même de gérer les crises ». Bien au-delà de la question libanaise, c’est une manière à peine déguisée de demander une libéralisation du régime et plus la contestation montera à Beyrouth, plus elle risque de se développer à Damas. Pacifique et maîtrisée, autrement dit très forte, une révolution de velours gronde dans les deux pays mais elle pourrait déboucher sur de telles violences si le régime syrien se retrouvait vraiment aculé que la France tente aujourd’hui d’éviter le pire. Tout en exerçant une formidable pression en faveur de l’indépendance libanaise, tout en parlant d’une seule voix avec les Etats-Unis pour exiger le retrait des troupes syriennes du Liban, elle fait passer, via l’Arabie saoudite et la Jordanie, un message aux dirigeants syriens. Notre objectif, leur fait-elle dire, n’est pas un changement de régime à Damas. Nous ne voulons rien d’autre que le retour à la souveraineté libanaise, font dire les dirigeants français, et c’est maintenant votre intérêt car, si des pas ne sont pas rapidement faits en ce sens, les choses s’emballeront au point que plus personne ne les contrôlera. C’est le langage de la raison mais le problème est que, si le régime syrien reculait au Liban, il se fragiliserait si dangereusement que ses responsables ne sont guère disposés à entendre ce conseil.

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