Il y a, pour l’heure, mais pour l'heure seulement, deux vainqueurs et une perdante, les Ukrainiens et l’Union européenne d’un côté, la Fédération de Russie de l’autre. Cette majorité d’Ukrainiens qui veut s’arrimer à l’Union pour sortir leur pays de l’arbitraire et de la corruption a gagné, spectaculairement gagné, puisque Viktor Ianoukovitch, le président déchu, est en fuite, que les velléités sécessionnistes des dirigeants des régions pro-russes n’ont pas duré, samedi, plus d’une poignée d’heures et que de nouvelles élections se préparent. L’Union européenne a, quant à elle, marqué des points inespérés puisque c’est au nom de ses valeurs et sous son drapeau que les Ukrainiens se sont mobilisés et ont, de fait, renversé ce président qui avait refusé, sous pression russe, l’accord d’association avec les 28. Non seulement cette Union en plein désarroi et si désaimée à l’intérieur a redécouvert là la force d’attraction qu’elle conserve à l’extérieur mais ce sont trois de ses ministres des Affaires étrangères, allemand, français et polonais, qui ont réussi à faire céder Viktor Ianoukovitch en allant ensemble à Kiev arrêter un bain de sang. L’Union sort grandie de cette crise alors que la Russie et son président y ont tout perdu puisque Vladimir Poutine a échoué à dicter ses choix à l’Ukraine dont l’équipe de transition affirme sa volonté de reprendre les négociation sur l’accord d’association. La Russie a perdu la partie dans un pays où ses partisans sont nombreux et qui est la pièce maîtresse de son aire d’influence mais, aussi nette qu’elle soit, ce n’est que la photographie de l’instant, la mi-temps d’un match qui est loin d’être achevé. Pour ce qui est des Ukrainiens, d’abord, ils vont devoir faire face, maintenant, à la difficulté de toute révolution qui est de conserver son unité une fois la victoire acquise. C’est un redoutable défi parce que les partis existants sont faibles, que l’extrême-droite nationaliste a pris un poids politique sur les barricades de Kiev et qu’il y a un trop plein de figures de l’opposition qui auront du mal à faire front. La nouvelle scène politique ukrainienne ne sera pas facile à organiser mais là n’est pas le plus problématique. Le grand problème viendra, demain, de l’Union européenne qui n’a pas les moyens financiers de remettre sur pied l’économie ukrainienne et ne veut pas ouvrir ses portes à ce pays car elle a bien trop de difficultés intérieures pour pouvoir envisager de s’ouvrir à un Etat plus grand que la France. Epaulée par le FMI et la Banque mondiale, l’Union fera tous les efforts qu’elle pourra mais son aide sera forcément conditionnée à des exigences de réformes qui seront socialement douloureuses. Sa popularité risque vite de s’en ressentir. Pour l’Union, la tâche sera vertigineuse alors que la Russie n’a elle qu’à attendre que cette révolution s’essouffle comme toute révolution pour rappeler que l’Ukraine dépend des tarifs gaziers préférentiels qu’elle lui consent et réactiver ses réseaux dans l’Ukraine orientale, ce à quoi elle s’est discrètement employée dès hier. C’est dès maintenant, avant qu’elle n’ait digéré son échec, qu’il faut proposer à la Russie des conversations sur la stabilité et la coopération en Europe, c’est-à-dire en Ukraine.

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