Les signaux sont pour le moins contradictoires. Les optimistes peuvent relever que les affrontements semblent baisser d’intensité dans l’Est de l’Ukraine même s’ils n’y ont pas cessé et qu’un échange de prisonniers a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche derniers conformément aux accords de Minsk.

Ce n’est pas rien, c’est mieux que rien, mais le fait est, d’un autre côté, que la Russie continue de faire passer des armes en Ukraine, que les séparatistes qu’elle soutient se sont emparés de la ville de Debaltsevo alors que le cessez-le-feu était théoriquement entré en vigueur, qu’un attentat a tué deux personnes, dimanche, à Kharkov, au nord-est du pays, lors d’une manifestation patriotique et que l’étau, surtout, parait maintenant se resserrer autour du port de Marioupol dont la chute permettrait à la Russie d’organiser une continuité territoriale entre la Crimée annexée et les régions contrôlées par ses alliés sécessionnistes.

Perplexes, les capitales occidentales ne savent pas qu’en conclure et multiplient les mises en garde à Moscou. Elles tenteront de se faire une idée des intentions de Vladimir Poutine lors de la rencontre, à Paris aujourd’hui, des ministres des Affaires étrangères français, allemand, russe et ukrainien mais il est maintenant à craindre que l’objectif du Kremlin ne soit pas la paix.

Sans qu’il ne soit l’annexion de l’Est ukrainien et moins encore de l’Ukraine entière, tout laisse désormais croire que Vladimir Poutine veut installer une situation de ni guerre ni paix car la persistance de tensions militaires et politiques avec l’Occident pourrait, à ses yeux, conforter son pouvoir.

Tant que durent les affrontements en Ukraine, il peut dire la Russie menacée et victime d’une tentative d’encerclement occidentale. Il peut poursuivre la propagande que déverse sa télévision sur les « fascistes » au pouvoir à Kiev et le « génocide » dont les russophones d’Ukraine auraient déjà été l’objet si la protection de la mère patrie ne s’était pas étendue à eux. Il peut se poser, en un mot, en sauveur de la Russie et faire taire toute opposition en présentant, comme il le fait déjà, toute critique de sa politique comme émanant d’agents stipendiés des Occidentaux et des Etats-Unis en particulier.

Force est en tout cas de se demander si ce n’est pas ce calcul intérieur que fait Vladimir Poutine car comment expliquer autrement son attitude ?

Il pourrait aujourd’hui se tourner vers son peuple pour lui dire qu’il lui a rendu la Crimée, que l’Alliance atlantique, grâce à lui, ne s’étendra pas jusqu’aux frontières russes et que les russophones d’Ukraine orientale vont pouvoir bénéficier, toujours grâce à lui, d’un statut d’autonomie.

Il pourrait tirer gloire des Accords de Minsk puisqu’ils lui sont plus que favorables mais ne fait rien pour qu’ils soient respectés et tout pour qu’ils soient torpillés par la poursuite de ses livraisons d’armes aux séparatistes dont, d’un seul geste, il pourrait pourtant calmer les ardeurs. Jusqu’à preuve du contraire, c’est la guerre qu’entretient Vladimir Poutine, une guerre d’intensité contrôlée mais dévastatrice pour la stabilité de l’Europe et du monde.

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