Les États-Unis réclament l’extradition du fondateur de WikiLeaks pour les fuites de documents sur l’Afghanistan et l'Irak il y a dix ans. La procédure commence aujourd’hui à Londres, et met en jeu des questions de principe comme la liberté d'informer.

Le 1er mai 2019, Julian Assange comparaissait devant un tribunal londonien après son arrestation le mois précédent dans l’enceinte de l’ambassade d’Équateur à Londres.
Le 1er mai 2019, Julian Assange comparaissait devant un tribunal londonien après son arrestation le mois précédent dans l’enceinte de l’ambassade d’Équateur à Londres. © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

Pour les uns, il est le « capitaine Dreyfus » du XXI° siècle ; pour les autres un « traître » qui n’a que ce qu’il mérite. Julian Assange est assurément l’un des personnages les plus polarisants de notre époque.

Mais ce n’est pas la personnalité de cet Australien de 49 ans qui est jugée, à partir d’aujourd’hui au Royaume Uni, mais une demande d’extradition des États-Unis, où il risque quelque 175 années en prison. Une demande d’extradition jugée dangereuse par toutes les organisations de défense des droits de l‘homme.

Cette procédure hors du commun a été rendue possible par l’arrestation du fondateur de WikiLeaks, en avril l’an dernier, dans les locaux de l’ambassade d’Equateur à Londres où il était réfugié depuis sept ans. Elle se situe au carrefour de plusieurs problématiques, certaines anciennes, d’autres issues de la révolution numérique : le secret d’État et la transparence, le rôle des lanceurs d’alerte et celui des hackers, la liberté d'informer ou encore les guerres d’influence de l’ère d’internet. 

Julian Assange est le fondateur de WikiLeaks, qui est apparue sur la scène mondiale il y a dix ans en révélant une vidéo tournée par un hélicoptère américain en opération à Bagdad. Le pilote tire sur un groupe de personnes au sol, qu’il prend pour des combattants. Le problème est que c’était une erreur, et deux journalistes de l’agence Reuters sont tués. Washington a caché la bavure, jusqu’à la révélation de la vidéo.

Plus tard, WikiLeaks, en liaison avec un groupe de journaux dont le New York Times et Le Monde, a rendu publics des centaines de milliers de télégrammes américains sur l’Afghanistan, la plus importante fuite de documents de l’histoire. Trois mois plus tard, il récidivait sur l’Irak.

Ces révélations, qui ont eu un profond retentissement, valent à Julian Assange 17 chefs d’accusation de vol de documents secrets ; le Pentagone humilié réclame sa tête.

La question à laquelle vont devoir répondre les juges britanniques est toutefois faussée par la réputation sulfureuse d’Assange. Ses détracteurs rappellent que c’est pour fuir des poursuites en Suède pour viol qu’il s’était réfugié à l’Ambassade d’Equateur, même si les plaintes suédoises ont été retirées. D’autres n’ont pas digéré le rôle trouble joué par WikiLeaks lors des élections américaines de 2016, en diffusant les messages internes du Parti démocrate vraisemblablement piratés par les Russes.

Mais une procédure judiciaire porte sur des faits précis, et les affaires pour lesquelles Julian Assange est poursuivi relèvent incontestablement de la liberté de la presse, et les journaux de l’époque ne s’y étaient pas trompés, qui avaient ouvertement collaboré avec lui.

Résumé par l’organisation Reporters sans frontières, l’équation peut être formulée ainsi : « Aimer ou ne pas aimer Julian Assange, ce n’est pas la question. Accepter ou pas qu’une contribution au journalisme soit assimilée à de l’espionnage, c’est la question ». Et à ce titre, une extradition de Julian Assange vers les États-Unis serait une véritable atteinte à la liberté d'informer.

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