Viktor Iouchtchenko le sait. La dernière chose que souhaiteraient les dirigeants européens serait que le nouveau Président ukrainien les presse d’ouvrir des négociations en vue d’une adhésion de son pays à l’Union. Ils ne le souhaitent pas car, pour l’heure, l’Union doit digérer l’entrée de ses dix nouveaux membres, se préparer à accueillir la Bulgarie, la Roumanie, la Croatie et, un jour, l’ensemble des Balkans, se décider à savoir quoi faire avec la Turquie et mener à bien les procédures de ratification du projet de Constitution. Viktor Iouchtchenko s’est, donc, gardé de pousser les feux. « Chaque pas vers l’Europe, a-t-il prudemment dit, hier, dans son discours d’investiture, représente de nouvelles possibilités pour des millions d’Ukrainiens ». Ces petits « pas » c’est ce que l’Union lui propose aujourd’hui, un « approfondissement de la coopération politique et de l’intégration économique », dit-on à Bruxelles, un « rapprochement », pas une intégration, mais le président ukrainien n’en a pas moins été clair. « Nous faisons partie de la même civilisation. Nous partageons les mêmes valeurs. Notre place est dans l’Union européenne », a-t-il affirmé devant les députés et la foule qui suivait, à l’extérieur, la cérémonie sur écrans géants et, oui, tôt ou tard, dans trois ou quatre ans au plus, le problème se posera, pour autant, évidemment, que l’Ukraine se stabilise dans la démocratie. Tôt ou tard, l’Union devra prendre en compte l’aspiration de l’Ukraine à la rejoindre. Elle devra, tôt ou tard, réaliser que, quelles que soient ses problèmes, ses interrogations, ses déchirements parfois, son unification est vue comme un tel succès en dehors de ses frontières qu’elle représente une formidable force d’attraction non seulement économique mais aussi politique. Ce qui nous semble à nous, de l’intérieur, trop lent, trop confus, trop ceci ou trop cela, parait aux autre si exaltant que nous sommes dépassés par un succès qui, non sans raisons, nous fait peur et nous laisse deux options, également difficiles, l’audace ou le repli. Nous pouvons, bien sûr, fermer nos portes, éconduire l’Ukraine et la Turquie et leur proposer de simples « partenariats » avec l’Union. Cela nous éviterait bien des casse-tête mais, dans la pratique, nous ne ferions ainsi que décevoir ces deux pays et les renvoyer vers d’autres horizons, la Russie pour l’un, le monde musulman pour l’autre, qu’accroître, autrement dit, la puissance de voisins avec lesquels tout nous commande, au contraire, de trouver un équilibre en augmentant notre poids. L’autre solution, celle de l’audace, consisterait au contraire, à nous préparer à intégrer ces deux pays en accélérant notre unification, en réunissant tous ceux des pays membres qui veulent aller plus loin plus vite pour multiplier à quelques uns les coopérations renforcées dans tous les domaines, pour créer une avant-garde européenne qui structurerait assez l’Union pour lui permettre de s’élargir sans se diluer. Ce n’est pas la voie la plus facile mais dans un monde où il nous faudra être économiquement et politiquement fort, c’est la plus sûre.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.