Technologie en plus, c’est comme un voyage dans le temps, un retour à l’époque, si bien rendue par Hitchcock et Le Carré, où l’espionnage était la vraie guerre de la Guerre froide. C’était le temps des « boîtes aux lettres », petits trous dans le troisième chêne à gauche du parc machin truc, des agents doubles, des kilomètres de câbles dans les murs d’ambassades et des correspondants à Moscou logés dans des immeubles sonorisés avec femmes de ménage émergeant au KGB. Plausible à défaut d’être avérée, cette histoire de fausses pierres creuses dans lesquelles des diplomates de la représentation britannique à Moscou auraient placé des appareils de transmission qu’ils pouvaient interroger à distance en foulant la neige ordinateur en poche a quelque chose de délicieusement suranné. Elle fait d’abord sourire mais on aurait pourtant tort d’en rire. Coup monté ou vrai coup de l’Intelligence service, elle vient en effet souligner à quel point le retour aux commandes des services russes, du FSB, de l’ancien KGB, a ranimé la guerre de l’ombre. Maintenant qu’un ancien espion, longtemps en poste en Allemagne, préside la Fédération de Russie, non seulement les hommes du FSB, les collègues, les amis, les semblables de Vladimir Poutine, contrôlent tous les rouages politiques bien plus encore qu’aux temps soviétiques mais ils ont démultiplié leurs réseaux à l’étranger, avant tout dans les pays sortis de l’URSS mais aussi dans ce qu’on appelait auparavant « l’Ouest », par opposition à « l’Est ». Officiellement amis et alliés, collaborant même dans la lutte contre le terrorisme, la Russie et les pays occidentaux ont ainsi repris, et de plus belle, leurs vieilles traditions d’espionnage réciproque. La raison d’Etat commande de chercher à tout savoir sur l’autre car les Russes s’inquiètent des agissements occidentaux à leurs frontières, dans les anciennes républiques soviétiques, tandis que l’Ouest s’inquiète, lui, de la volonté d’affirmation nationale de la Russie, de ses exportations d’armes, de ses relations avec l’Iran, du retour de sa politique du secret et de la puissance économique et politique que lui redonnent ses réserves de gaz et de pétrole. Le problème n’est ainsi pas de savoir si l’ambassade britannique avait ou non disposé des pierres parlantes dans les parcs de Moscou. Il est que la guerre des services soit devenue si féroce que le FSB utilise la télévision russe pour mettre en accusation quatre diplomates supposés jouer les James Bond. Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas bon signe mais ce n’est pas tout. Dans la même émission de télévision, dimanche soir, le FSB a également accusé le deuxième secrétaire de l’ambassade britannique d’avoir fourni des fonds à des ONG russes dont le Groupe Helsinki. L’affaire devient là vraiment inquiétante car elle prend ainsi l’allure d’une entreprise de criminalisations des derniers contre-pouvoirs du pays, désormais accusées d’intelligence avec l’étranger. Là, le parfum d’antan devient franchement déplaisant.

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