Ce fut une terrible journée. Avec une grève générale visant à la chute du gouvernement élu, les routes bloquées, des affrontements dans tout le pays et un bilan de trois morts et plus d’une centaine de blessés, le Liban semblait, hier, replonger dans une violence de masse aux relents de guerre civile. Après une telle journée, le pire devient possible mais on ne peut pourtant pas, non plus, exclure qu’un pic vienne d’être atteint. La question au moins se pose car, après tout, il y a presque deux mois maintenant que le Hezbollah chiite et ceux des chrétiens qui le soutiennent tentent vainement d’obtenir la démission du gouvernement ou un droit de veto sur ses décisions. Ils ont commencé, le 1er décembre dernier, par organiser une gigantesque manifestation dans le centre de la capitale. Ils l’ont poursuivie, sans interruption, par un sit-in devant les bureaux du Premier ministre, Fouad Siniora. Ils sont, hier, passés, à la grève générale avec les conséquences qu’on a vues mais Fouad Siniora est toujours en place et, lorsque le Hezbollah et ses alliés ont appelé, dans la soirée, à la fin de la grève et à la levée des barrages routiers, ils ont annoncé des actions « plus efficaces », ce qui sonnait un peu comme un aveu d’échec. Sauf coup de théâtre, le Premier ministre libanais devrait ainsi pouvoir participer à la Conférence internationale de soutien au Liban qui s’ouvre demain à Paris, sous la présidence de Jacques Chirac. Trente six pays et quatorze institutions internationales, dont l’Onu et la Ligue arabe, y seront représentés à très haut niveau. D’importantes sommes devraient y être débloqués en faveur de ce pays étouffant sous ses dettes et ravagé par la guerre de l’été dernier et cet élan de solidarité pourrait non seulement permettre au Liban de se reconstruire mais aussi donner à son gouvernement les moyens de résister à la pression du Hezbollah. C’est le scénario rose. Il est, naturellement, très loin d’être joué car le Parti de Dieu, fort de ses soutiens populaires, ne renoncera pas aisément à ses objectifs mais un autre élément laisse croire que le pire n’est pas déjà certain. En Iran, le pays qui arme et finance le Hezbollah, une vague de contestation paraît en effet monter contre le Président de la République, Mahmoud Ahmadinejad. Depuis que ses partisans ont essuyé une déroute aux élections locales du 15 décembre, depuis, surtout, que le Conseil de sécurité a adopté des sanctions contre la République islamique en raison de son programme nucléaire, Mahmoud Ahmadinejad est de plus en plus régulièrement attaqué par la presse, y compris conservatrice, qui juge qu’il va trop loin. La radio vient de diffuser un discours d’un député modéré dénonçant « l’aventurisme » du président et le groupe parlementaire conservateur, plus spectaculairement encore, s’est scindé entre adversaires et défenseurs de Mahmoud Ahmadinejad. Une bataille politique s’est ouverte à Téhéran et le Hezbollah ne peut plus considérer le soutien iranien comme éternel.

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