La Bande de Gaza n’a pas seulement l’une des densités de population les plus élevées au monde. Quarante kilomètres de long sur dix de large, elle bat aussi tous les records de présence dans l’actualité par rapport à la superficie qu’elle occupe, en bordure de Méditerranée, entre Israël et l’Egypte. Depuis hier, tout le monde a pu voir les images de sa population se ruant, toutes générations confondues, en territoire égyptien après que la frontière, une barrière métallique, a été ouverte à l’aube, à coup d’explosifs. C’était une scène biblique, comme un remake, mais à l’envers, de la fuite hors d’Egypte. Les jours précédant, il y avait eu le blocus imposé par les Israéliens pour tenter, une nouvelle fois, d’arrêter les permanents tirs d’obus tombant, de là, sur Sderot, leur ville la plus proche. En septembre 2005, l’évacuation de ce mouchoir par l’armée israélienne avait marqué un tournant capital, la renonciation d’Ariel Sharon au rêve d’un grand Israël. Vingt et un mois plus tard, les islamistes du Hamas chassaient de ce morceau de Palestine libérée les laïcs du Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, le Président palestinien. C’est à ce moment-là, l’été dernier, face à ce défi qui leur était lancé à tous deux, que Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, ont entamé de nouvelles négociations dont ils disent, l’un et l’autre, qu’elles pourraient aboutir à la paix, cette année. Gaza, 40% de chômage, c’est le cœur de ce conflit sans fin et, depuis hier, la Bande a, de nouveau, rebattu les cartes. D’un coup d’explosifs, des charges placées par le Hamas, c’est toute la donne qui a changé car le blocus israélien – blocus qu’Ehud Olmert venait, d’ailleurs, d’assouplir – n’avait pas seulement pour but d’arrêter les tirs d’obus. Dans la perspective de l’accord de paix en négociation avec Mahmoud Abbas, le gouvernement israélien voulait surtout démontrer aux Gazaouis, la population de Gaza, que leur intérêt était de se débarrasser du Hamas pour que cet éventuel accord puisse entrer en vigueur le jour venu, qu’ils puissent en profiter, retrouver une liberté de circulation et la possibilité de reconstruire une économie. Le message était que, tant que le Hamas resterait aux commandes, les Gazaouis resteraient dans une nasse, coupés du monde et toujours plus démunis. Ce message, le Hamas l’avait bien sûr reçu mais, en faisant sauter la frontière avec l’Egypte, en plaçant les Egyptiens dans l’impossibilité de tirer sur la foule qui s’est engouffrée dans la brèche pour aller stocker vivres et essence, il a obligé Le Caire à aider Gaza, contre Israël et, d’une certaine manière, contre Mahmoud Abbas. Isolés, en danger de perdre tout appui populaire, les islamistes ont repris la main car, lorsqu’elle voudra reprendre le contrôle de sa frontière, l’Egypte devra négocier avec eux pour éviter les violences. Le Hamas rentre dans le jeu car sa réponse au message israélien est claire. De même, vient-il de dire à Israël, que vous ne pouvez pas réoccuper Gaza après l’avoir évacuée, vous ne pouvez pas, non plus, nous asphyxier. Il n’était pas si certain que le Hamas en soit si certain mais l’intéressant est que le sous-titre était : vous devez nous parler.

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