Non seulement les pays arabes ne croient plus en la pérennité du régime syrien mais ils sont maintenant décidés à accélérer sa chute. Après l’avoir condamné et sanctionné en novembre dernier, ils ont franchi, dimanche soir, un pas de plus, un très grand pas, en sommant le président Bachar al-Assad de déléguer ses pouvoirs à son vice-président qui serait alors chargé, en liaison avec un gouvernement d’union nationale, d’organiser des élections législatives et présidentielle, de tourner, autrement dit, la page sur 41 ans d’une dictature clanique et sanglante dans laquelle le fils a succédé au père.

Tous les pays arabes ont adopté cette résolution à la seule exception du Liban qui doit compter avec le poids qu’y exerce le Hezbollah, organisation politico-militaire armée et financée par l’Iran et la Syrie. Le Liban s’est abstenu mais la Ligue arabe a bel et bien tiré un trait sur Bachar al-Assad et ce vote modifie la donne pour quatre raisons.

La première est que les Occidentaux ont un argument de plus pour demander au Conseil de sécurité de se saisir du dossier syrien et qu’ils l’ont immédiatement fait, dès hier, en l’appelant à reprendre à son compte les propositions de la Ligue qui avait souhaité, de son côté, le soutien de l’Onu. Plusieurs des pays membres non-permanents du Conseil qui avaient jusqu’à présent écarté toute idée de sanction contre la Syrie par refus de s’aligner sur les Occidentaux pourraient en être ébranlés. La Russie, deuxième changement, aura de plus en plus de mal à justifier son refus de même condamner, sans les sanctionner, les exactions du régime syrien. La Russie va se trouver de plus en plus isolée, marginalisée et impuissante car elle n’a plus, comme vient de le déclarer Mikhaïl Marguelov, son émissaire pour le Proche-Orient, que son droit de veto pour continuer à défendre Bachar al-Assad.

Le régime syrien est tellement dos au mur que, troisième changement, sa population s’en enhardit plus encore, qu’un faubourg de la capitale, Douma, à 20 kilomètres du cœur de Damas, est resté toute la journée de dimanche aux mains des insurgés et qu’une foule immense, plus de 150 000 personnes dit-on, y a suivi hier les obsèques des victimes de la répression. Mêmes les quartiers résidentiels de Damas sont désormais touchés par de brèves manifestations malgré l’ampleur du déploiement policier.

Ce régime perd pied, lentement mais sûrement et, quatrième changement, son affaiblissement s’accélère au moment même où l’Iran dont il est le seul allié est également mis en difficulté par les sanctions occidentales suscitées par ses ambitions nucléaires. L’Union européenne a officialisé hier son embargo sur le pétrole iranien. Le rial, la devise iranienne, a perdu 50% de sa valeur en un an. L’économie iranienne est menacée d’étranglement et des voix autorisées reparlent, à Téhéran, de la possibilité que l’Iran riposte en bloquant le détroit d’Ormuz.

La situation régionale devient d’autant plus explosive qu’au-delà de la révolte syrienne et du nucléaire iranien, c’est un bras de fer qui est en cours entre les pays sunnites et l’axe chiite constitué par Damas et Téhéran.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.