Il y a quelque chose de profondément vrai dans la réaction de Michel Rocard. « Une excellente nouvelle ! », s’est-il exclamé hier en réaction au discours par lequel le Premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé son intention d’organiser, avant 2017, dans les deux années qui suivraient son éventuelle réélection, un référendum sur le maintien de son pays dans l’Union européenne.

« Si les Anglais veulent partir, qu’ils s’en aillent », a poursuivi l’ancien Premier ministre français et, de fait, l’Union ne s’en porterait que mieux car le Royaume-Uni ne s’était joint, en 1973, au processus d’unification européenne que pour le freiner de l’intérieur après avoir vainement tenté de le torpiller de l’extérieur. Il y a 40 ans maintenant que les Britanniques œuvrent et, malheureusement, avec succès, à ralentir l’affirmation de l’Europe en une union politique. C’est eux qui ont empêché que des mesures d’harmonisation sociale et fiscale ne soient prises par les pays-membres. C’est largement à eux qu’on doit que l’Union marche aujourd’hui sur la tête avec un marché commun mais 27 politiques économiques différentes, une monnaie européenne mais un pilotage politique de la zone euro qui n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Alors oui, qu’ils s’en aillent s’ils le souhaitent, qu’ils nous laissent aller de l’avant vers un gouvernement commun et l’Europe fédérale un jour, sauf…

Sauf que ce discours de David Cameron était tout, sauf un discours de rupture. Confronté à un rejet croissant d’une Union qui n’a jamais été populaire dans cette nation insulaire qui s’est toujours méfiée du continent, le Premier ministre conservateur n’a promis ce référendum à ses électeurs que pour leur arracher un délai – le temps, a-t-il expliqué, de renégocier la place de la Grande-Bretagne dans l’Union afin de lui garantir son maintien dans le marché commun, de lui permettre de continuer à peser sur les décisions européennes et de la délier, parallèlement, de toute obligation commune. C’est cela que voudrait David Cameron. C’est sur cet hypothétique lien nouveau qu’il appellera ses concitoyens à se prononcer s’il est reconduit – et si l’Ecosse n’est pas sortie d’ici là du Royaume Uni – mais, pour le reste, il a ardemment plaidé le maintien dans l’Union en énumérant avec beaucoup de lucidité tous les dommages politiques et économiques qu’un « brixit », un british exit, infligerait à son pays.

Rien n’est joué. Pas plus qu’une grande partie des conservateurs, ni les syndicats, ni les milieux d’affaires, ni les Travaillistes, ni les Libéraux-Démocrates ne veulent d’une rupture avec l’Union. C’est une partie de poker menteur que vient d’engager David Cameron afin de se faire réélire avec le soutien des europhobes et le reste de l’Europe a eu parfaitement raison de lui répondre aussitôt que l’Europe était un projet commun, pas une carte sur laquelle composer seul son repas.

La fermeté s’imposait mais attention ! Ce discours ne déplaira pas à tous les Européens. Il alimentera l’euroscepticisme sur tout le continent et le seul vrai moyen de le contrer est de vraiment ouvrir le débat sur l’avenir de l’Union, d’enfin mettre sur la table de vraies propositions, claires et mobilisatrices.

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