Le cœur du trumpisme

Au troisième jour de son mandat, Donald Trump a reçu hier douze des plus grands patrons américains. Fidèle à ses promesses de campagne, il les a assurés de sa volonté de « massivement » baisser les impôts sur leurs sociétés et de supprimer « 75% et peut-être plus » des réglementations en vigueur.

Cela signifie que l’impôt sur les sociétés pourrait bel et bien être abaissé aux 15% dont il avait parlé avant d’être élu, que les réglementations bancaires introduites après la crise de 2008 pourraient être levées et que les mesures de protection de l’environnement pourraient être purement et simplement oubliées car « ces trucs, a expliqué à ses hôtes le promoteur immobilier qu’est Donald Trump, rendent impossible de construire quoi que ce soit ».

De tout ce qu’a dit et fait ce président depuis son entrée en fonction, vendredi, c’est là qu’est le plus important. On peut s’effarer de la légèreté avec laquelle il enterre l’accord commercial trans-pacifique. On peut s’émouvoir des clins d’œil qu’il lance aux droites religieuses en interdisant, séance tenante, tout financement public des ONG soutenant l’interruption de grossesse. On peut s’indigner, et il y a de quoi, que son premier geste ait été d’ordonner à la fonction publique de ralentir l’application de l’Obamacare, la loi par laquelle son prédécesseur avait généralisé l’assurance maladie mais, si grave que soit tout cela, ce n’est que diversion, que tapageur déguisement du cœur de sa politique.

Parce qu’il pense vraiment qu’impôts et réglementations ne feraient que contrarier la croissance et parce que leur réduction à presque rien augmenterait évidemment les bénéfices de ses propres entreprises, l’homme d’affaires qui vient d’entrer à la Maison-Blanche entend faire mieux que Reagan et Thatcher en matière de recul de l’Etat et de dérégulation de l’économie.

A ce compte-là, il peut menacer les PDG, ses pairs, de droits de douane sur les productions de leurs usines délocalisées dans les pays émergents car il va leur offrir, aux Etats-Unis, des conditions d’exploitation qui seront tout aussi favorables qu’en Chine ou au Mexique, compte tenu de l’absence de frais de transports et de corruption de bureaucrates étrangers. Le président Trump réalise ce dont le PDG Trump avait toujours rêve pour lui-même.

Dans un premier temps, cela peut marcher, oui, et cela d’autant plus qu’il veut parallèlement lancer un plan d’investissement dans les équipements publics.

Dans un premier temps, tout cela peut faire baisser le chômage mais viendront ensuite les contre-mesures des pays victimes de ce protectionnisme, la hausse des déficits publics et la baisse des exportations des plus performantes des entreprises américaines – les habituels méfaits des guerres commerciales qui ne valent pas mieux, bien au contraire, que le libre-échange, même sans contrôle.

Le pire, avec Donald Trump n’est ni sa démagogie, ni sa vulgarité, ni son intempérance verbale. C’est son refus de la répartition des richesses par l’impôt et la cécité de son nationalisme économique et de son « Amérique d’abord ».

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