Où l'on voit comment le maréchal Sissi s'assure une victoire sans rival pour mars prochain

Cela n’a rien de surprenant mais tout de même, car il ne faut pas s’y habituer. Candidat à la présidentielle égyptienne du 26 mars prochain, l’ancien chef d’état-major Sami Anan a été arrêté hier au Caire. Sa détention n’a duré que quelques heures mais elles ont suffi à le faire renoncer à sa candidature. 

L’a-t-on physiquement menacé ? A-t-on exercé contre lui un chantage à coup de dossiers compromettants ? Lui a-t-on plus simplement rappelé qu’il risquait des poursuites puisque l’armée ne considère pas qu’il l’ait quittée et qu’il aurait donc dû obtenir son autorisation pour se porter candidat ? 

On l’ignore et sans doute ne le saura-t-on pas avant longtemps ou même jamais mais qu’importe ! Ce qui est à retenir, le fait majeur, est que Sami Anan est ainsi devenu la quatrième personnalité égyptienne à avoir été découragée de se présenter contre le président sortant, le maréchal Sissi. 

Juste avant lui, c’est un neveu de l’ancien président Sadate qui avait jeté l'éponge en déclarant qu’il était victime d’un « harcèlement », qu’on l’empêchait même de louer une salle pour une conférence de presse et qu’en l’absence de « garanties claires sur l’intégrité et l’impartialité des institutions d’Etat » il était bien difficile de faire campagne en Egypte. Il est vrai que, privé de son mandat de député en février dernier, Mohamed Anouar el-Sadate s’était illustré au Parlement par sa défense acharnée du respect des droits de l’homme que le maréchal Sissi bafoue sans vergogne depuis son coup d’Etat de 2013. 

Un mois avant cette renonciation, début décembre, le colonel Ahmed Konsowa avait, lui, été condamné à six ans de prison pour « comportement nuisant au système militaire » après avoir annoncé qu’il se porterait candidat et, plus éhonté encore, un ancien Premier ministre et ancien candidat à la présidentielle de 2012, Ahmed Chafik, avait dû annoncer qu’il n’entrerait finalement pas en campagne après avoir mystérieusement disparu pendant une journée 

Brièvement porté à la tête du gouvernement par Hosni Moubarak qui avait ainsi voulu tendre la main aux manifestants de 2011, Ahmed Chafik avait ensuite été à deux doigts de se faire élire à la présidence contre le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi. Cet homme aurait été à même de battre le maréchal Sissi en mars mais il n’en aura pas l’occasion car l’Egypte est désormais revenue aux vieilles traditions du monde arabe en vertu desquelles le président à vie élimine toute opposition démocratique afin de se proclamer seul rempart contre l’islamisme. 

C’est ce qui fait des barbus la seule alternative aux dictatures en place et enferme ces pays dans le cercle vicieux qui les enchaîne à nouveau depuis que le plus froid des hivers a succédé au printemps de 2011.       

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