Les Congolais parlent de « putsch électoral » car tout indique que c’est un autre candidat qui est arrivé en tête le 30 décembre, mais c’est Felix Tshisekedi qui prête serment ce jeudi à Kinshasa, marquant malgré tout une alternance pacifique après Joseph Kabila.

Felix Tshisekedi, le nouveau Président de la République démocratique du Congo, salue la foule le soir de la proclamation des résultats, le 10 janvier 2019
Felix Tshisekedi, le nouveau Président de la République démocratique du Congo, salue la foule le soir de la proclamation des résultats, le 10 janvier 2019 © AFP / Caroline Thirion / AFP

Cette journée aurait pu être un événement historique, la première alternance politique par les urnes en République démocratique du Congo, depuis son accession à l’indépendance en 1960. Mais le Président qui prête serment aujourd’hui à Kinshasa n’est apparemment pas celui qui est sorti vainqueur du scrutin du 30 décembre.

Le coup de force du président sortant, Joseph Kabila, pour imposer son choix, a payé : c’est donc Felix Tshisekedi qui, à 55 ans, devient président de la RDC, avec une légitimité très contestée. 

L’élection dans cet immense pays francophone de 80 millions d’habitants a donné lieu à d’intenses manœuvres. Lorsque les résultats provisoires ont été publiés, donnant la victoire à Tshisekedi, ceux-ci ont été disputés. Des fuites de listing informatiques à la presse, ainsi que les informations recueillies par les milliers d’observateurs de l’église catholique, donnaient un autre vainqueur : Martin Fayulu.

Avant la proclamation officielle des résultats, l’Union africaine, qui regroupe tous les Etats du continent, a exprimé de sérieux doutes, et a voulu envoyer une mission à Kinshasa. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a lui aussi émis des objections sur la base des informations en sa possession.

Mais rien n’y a fait, la Cour constitutionnelle a confirmé Felix Tshisekedi vainqueur, et les protestations de son rival Martin Fayulu sont restées lettre morte. Les pays africains, suivis par l’Union européenne et la France, ont finalement pris acte de ces développements : le coup de force a réussi.

Dans les faits, c’est le Président sortant, Joseph Kabila, qui a orchestré la manœuvre, obtenant sans doute de son successeur des garanties de protection. D’autant que les résultats surprenants des législatives qui se déroulaient le même jour, ont donné la majorité aux partisans de Kabila, ce qui lui permettra de continuer à diriger, de fait, les affaires du pays.

L’alternance attendue n’a pas totalement échoué : les Congolais voulaient voir partir Joseph Kabila, dont le mandat a expiré depuis déjà deux ans et qui s’accrochait au pouvoir malgré des dizaines de manifestants tués. Il va donc partir aujourd’hui, même s’il ne sera jamais très loin.

Dans un pays qui a connu le long règne de Mobutu Sese Seko, puis celui de la famille Kabila, père et fils, sans que jamais les institutions ne fonctionnent correctement, il était difficile d’imaginer que le processus électoral se déroule sans écueils du premier coup.

Il appartiendra au nouveau président, Felix Tshisekedi, fils d’un opposant historique, de gagner sa crédibilité ; d’abord aux yeux des Congolais qui n’ont pas cédé, jusqu’à présent, à la tentation de contester le résultat dans la rue. 

Dans ce pays qui a une société civile active et d’immenses problèmes, il devra d’abord montrer qu’il n’est pas l’homme de paille de son encombrant prédécesseur ; sinon, les Congolais se chargeront de lui rappeler, un jour ou l’autre, qu’il est arrivé au pouvoir par ce qu’ils appellent un « putsch électoral ».

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