Une question en forme de paraphrase, puisque c'est le titre d'un ouvrage célèbre de l'helléniste Jacqueline de Romilly, décédée en 2013.

Je me la pose, cette question, un peu parce que notre invité, Pierre Moscovici, ce matin s'y rend demain.

Un peu aussi parce que la Grèce a subrepticement quitté le devant de l' actualité depuis plusieurs mois maintenant. Finies les heures de direct depuis Athènes, les éditions spéciales haletantes, les éditos enflammés.

La Grèce est redevenu un pays de bas de page ou de brèves dans nos quotidiens. Il a fallu un tremblement de terre, il y a quelques jours à peine, et dans une île touristique en plus, Kos, pour qu'elle se rappelle à notre bon souvenir.

Pourtant la crise qui l'a mise à terre depuis 2009 est loin d'être terminée : il faut encore régler la question de la dette colossale du pays. Une dette qui représente 180% de son PIB. Et tout simplement trouver un moyen de redonner un peu d'espoir à ses habitants.

Des Grecs dont les revenus ont diminué de 40% en moyenne depuis 2009 !

Un chiffre qu'on a du mal à imaginer vu de France mais qui ne fait pourtant pas exception. C'est là où je voulais en venir. D'autres pays ont souffert autant que la Grèce et pourtant, ils ont souffert dans un silence médiatique assourdissant.

Je pense au Portugal notamment : voilà un pays en tous points comparable à la Grèce : même population, même surface économique, avant comme après la crise, même situation géographique au sud de l'Europe. Même intervention de l'Union.

Même intérêt politique, sinon mieux, si l'on est altermondialiste, insoumis ou indigné espagnol : d'un côté les Grecs ont certes élu un jeune quadragénaire issu de leurs rangs, Alexis Tsipras, mais de l'autre, c'est une coalition des gauches qui gouverne à Lisbonne.

J'allais même dire que le Portugal a objectivement un avantage sur la Grèce : les 800 000 à 1 million de Portugais ou de Français d'origine portugaise qui nous rapprochent de Lisbonne. Alors qu'il n'y a en France qu'à peine 30 000 Grecs !

Effectivement, dit comme cela, on comprend encore moins cette passion française pour la Grèce…

Soyons juste, il y a d'abord des raisons objectives : certes le Portugal a souffert, mais pas des les proportions grecques. Un chiffre : la Grèce à perdu entre un quart et un tiers de sa richesse nationale en moins de 10 ans. C'est un cataclysme plus qu'une crise.

Ensuite, l'économie s'est doublé d'une crise migratoire dantesque. Rappelez-vous : plus d'un million de réfugiés syriens, irakiens, afghans qui ont entamé en Grèce et en 2015 leur périple vers l'Autriche, l'Allemagne ou la Suède en évitant soigneusement la France.

Cette fois-ci, on tient une partie de l'explication : une telle unité de lieu, de temps et d'action dans une tragédie du réel est unique et justifie à soi seul l'obsession médiatique et politique pour la Grèce.

J'ajouterai, enfin, que la Grèce est aussi une très ancienne passion française. Déjà Offenbach, au XIXème siècle, dans sa Belle Hélène, faisait dire à Agamemnon : « Tu comprends/Qu'ça n'peut pas durer plus longtemps/Regardez l'Etat de la Grèce ».

Plus sérieusement, les politiques français ont toujours été incroyablement indulgent avec Athènes : Giscard l'a fait entrer dans l'Europe, sous prétexte qu'on ne refusait pas Socrate. Mitterrand a passé tous les caprices de Papandréou dans les années 80.

Et qui vole aujourd'hui systématiquement au secours des Grecs ? Emmanuel Macron, qui je le rappelle, veut redonner toute sa place au latin et au grec ancien à l'école. Mais aussi vous M. Moscovici qui, en bon Français, y passez beaucoup de temps.

Alors à la question : pourquoi la Grèce, il n'y qu'une réponse raisonnable : parce que la France !

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