Une semaine de manifestations contre la corruption et l'incurie gouvernementale. Et cette fois-ci, le schéma "sunnites contre chiites" n'opère plus. Décryptage:

Chronique internationale 23-07

L'Irak a connu de graves manifestations toute la semaine dernière et encore ce weekend. Des manifs contre la corruption et les coupures d'eau et d'électricité persistantes qui ont commencé dans le gouvernorat de Bassora, c'est-à-dire tout au sud du pays, et qui se sont sporadiquement étendues plus au nord.

On dénombre déjà une dizaine de morts côté manifestants et des permanences de partis politiques incendiées, un aéroport saccagé et des installations pétrolières bloquées. En clair, c'est du sérieux, d'autant que le sud du pays fourni l'essentiel du pétrole irakien.

Et ce qui rend ces manifestations exceptionnelles, c’est que le sud du pays est très majoritairement chiite et que le pouvoir à Bagdad est dirigé par les chiites.

Le problème de l'Irak n'est plus (pour le moment) sunnites contre chiites !

Or, le schéma habituel n'opère plus : dans le cas de ces manifs, rien à voir avec la révolte des sunnites contre des chiites ou encore avec l'Etat islamique contre le gouvernement de Bagdad.

Dans le cas qui nous préoccupe, tout commence par l'Iran qui, en début de semaine dernière, cesse ses livraisons d'électricité à l'Irak. D'un coup. Je rappelle qu'en ce moment, dans la région, il peut faire jusqu'à 50° à l’ombre.

Pourquoi l'Iran fait cela ? Téhéran explique que l'Irak a trop de retard de paiement et qu'il était temps de sévir. En fait, l'Iran applique à la lettre la méthode très efficace utilisée par la Russie contre l'Ukraine entre 2005 et 2008 :

A l'époque toute tentative de l'Ukraine de se rapprocher de l'Occident se terminait par une coupure de gaz. L'Iran fait exactement la même chose : les Etats-Unis veulent isoler Téhéran, qu'à cela ne tienne : Téhéran montre sa capacité de nuisance.

L'Iran allume la mèche mais les Irakiens ont de bonnes raisons de manifester

En clair, l'Iran a allumé la mèche. Mais les manifestants irakiens n'ont besoin de personne pour reprocher son incurie et sa corruption au gouvernement de Bagdad. Et plus encore les chiites du sud du pays :

La région qui s'est soulevée est donc le sud du pays, l'éponge à pétrole de l'Irak. Or il se trouve que la production de pétrole est en constante hausse – elle a doublé en 10 ans et atteint aujourd'hui 4 millions de barils par jour.

Ajoutez à cela une hausse importante du prix du baril et on comprend mieux la frustration de la population : l’argent rentre mais les services publics sont toujours aussi défaillants, le chômage toujours aussi élevé et les coupures d'eau et d'électricité, toujours aussi fréquentes.

Toujours pas de gouvernement deux mois après les élections...

Des élections entachées de fraude, avec recomptage national à la clé et surtout des discussions interminables pour former une coalition baroque de partis qui, grosso modo, se partagera le magot. C'est en tout cas comme cela que les Irakiens voient l'affaire.

Du coup, les chiites du sud du pays, qui avaient l'habitude de dire que les politiques irakiens étaient des salopards mais qu'ils étaient leurs salopards, n'ont plus aucune indulgence et reprennent désormais les slogans des printemps arabes de 2011 dans leurs manifs.

Autrement dit, l'ennemi Etat islamique vaincu, ils veulent toucher les dividendes de la paix et, en coupant l'électricité pour des raisons financières mais aussi géopolitique, l'Iran ne fait que souffler sur les braises de l'été du mécontentement irakien

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