Peut-on parler de Guerre froide entre les Etats-Unis et la Chine ? On peut en tous cas dire que cette comparaison arrange tant Pékin que Washington.

Rien ne va plus entre la Chine et les Etats-Unis. C'est même impressionnant – voire inquiétant – comme les relations entre les deux premières économies du monde se dégradent rapidement. Avant hier, les Etats-Unis ordonnaient la fermeture du consulat chinois de Houston dans les 72 heures.

Hier, on apprenait qu'une scientifique chinoise convoquée par le FBI pour avoir menti sur ses liens avec l'armée chinoise, avait trouvé refuge au consulat de San Francisco. Quand aux accusations mutuelles, elles n'ont même plus les apparences de la diplomatie.

Il y a quelques jours, le ministre des Affaires étrangères chinois avertissait que « Washington poussait le monde au bord d'une nouvelle Guerre froide » et à la Maison-Blanche aussi, on parle de « début de nouvelle Guerre froide ».

Rhétorique guerrière de part et d'autre du Pacifique

On voit bien l'intérêt des Chinois comme des Américains à employer les grands mots. Côté Américain, la Guerre froide est un conflit qu'ils ont remporté. Donc le sous-texte est : nous avons gagné hier, nous gagnerons demain. Un adversaire communiste en plus : le mimétisme est parfait.

De plus, les Etats-Unis sont en campagne électorale et Trump manque d'arguments mobilisateurs. Là, il en a trouvé un qu'il adore : jouer les nouveaux Reagan, comme lui il baisse massivement les impôts : comme lui il affronte l'empire du mal d'aujourd'hui : la Chine.

De son côté, en servant aux Chinois la réthorique de la Guerre froide, Xi Jinping envoie un message de grandeur : la nouvelle Guerre froide, comme l'ancienne, oppose les deux premières puissances mondiales. Sauf que cette fois-ci, c'est la Chine qui relève le gant.

La Guerre froide, une guerre idéologique, camp contre camp...

Celle-là aussi est une guerre idéologique, lorsqu'on y pense : elle oppose les démocraties libérales à une dictature féroce et surtout orwellienne. Quand la Chine met au pas Hong Kong, elle le fait parce qu'elle ne supporte pas l'idée qu'une expérience démocratique, inspirée de l'Occident, puisse réussir à gouverner des Chinois... même quelques millions.  C'est au fond ce qui la dérange aussi avec Taïwan.

Quant aux Etats-Unis – on le voit bien avec l'affaire Huawei – il demandent clairement à leurs alliés de choisir leur camp. La Grande-Bretagne, l'Australie, la Nouvelle Zélande viennent de le faire. Mais l'Italie aussi... et probablement demain le Brésil et la France.

Est-ce une mauvaise idée de ce ranger du côté des Américains ? Je reconnais que c'est assez désagréable, surtout lorsqu'ils sont représentés par Donald Trump. Mais je n'oublie pas que les Etats-Unis sont une démocratie et que, malgré tout, ils partagent nos valeurs.

Une 3e voie possible ?

Si l'Europe puissance existait, il y aurait une 3e voie possible. Mais ce n'est pas encore le cas. La plupart des pays d'Europe, nous compris, dépendent pour leur défense et leur renseignement de l'Alliance atlantique. Donc ce que Washington veut, Dieu le veut.

Maintenant, je voudrais tout de même ajouter un point important : on n'est pas tenu d'entrer dans cette réthorique de la Guerre froide avec la Chine. D'abord parce que nous commerçons avec elle. Ce qui n'était que marginalement le cas avec le Bloc soviétique.

C'est d'ailleurs un des calculs les plus malins de la Chine : en se rendant indispensable économiquement, Pékin pensait tétaniser l'Europe. Elle y est presque parvenue. Or c'est une arme à double tranchant : la Chine a aussi besoin de nous pour sa prospérité.

Enfin, il y a l'Afrique où nous avons des atouts de proximité à faire valoir. Mais surtout, il y a l'Inde qui est une démocratie, qui se méfie de la Chine et qui ne demande qu'à se développer avec nos capitaux. L'Inde, la seule puissance d'avenir crainte par Pékin.

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