Dans la position défendue par l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Italie il y avait une logique. Si tant d’hommes, disaient-elles, peuvent parvenir jusqu’aux frontières de l’Europe pour tenter de s’y introduire clandestinement c’est que les pays de départ les laissent partir. Il faut donc, plaidaient José Maria Aznar, Tony Blair et Silvio Berlusconi, que l’Union réduise ses aides à ces Etats, les sanctionne jusqu’au moment où ils cesseront de tolérer cette émigration clandestine sur laquelle leurs polices prélèvent leur dîme. Cette analyse était juste sauf que les pays limitrophes de l’Europe, ceux qui étaient visés par cette proposition que le sommet de Séville a finalement rejetée samedi, sont eux-mêmes des pays de transit. Le Maroc contre lequel les Espagnols sont particulièrement irrités, ne laisse ainsi pas que des Marocains traverser le détroit de Gibraltar sur des coquilles de noix. Les candidats à cette aventure sont souvent venus jusqu’à Tanger de toute l’Afrique noire. Alors peut-on demander au Maroc de faire ce que l’Europe n’arrive pas à faire, barrer ses frontières , pourchasser ces malheureux et les renvoyer dans leurs pays ? Pourquoi le Maroc, l’Albanie ou la Bosnie, des pays pauvres, devraient-ils faire, à leurs frais, ce que l’Europe est lasse de faire, si vainement ? Plus généralement parlant, la bonne politique est-elle, comme l’ont fait remarquer la France, la Belgique, la Suède et bien d’autres Etats de l’Union, de faire de l’Europe un bastion sanctionnant ses voisins pour tenter d’assurer sa tranquillité ou d’aider au contraire ces pays à développer leur économie afin que leurs ressortissants n’aient plus à les fuir ? A Séville, l’Europe a choisi l’intelligence et le long terme. A des mesures spectaculaires, injustes et sans effets elle a préféré la coordination progressive de la surveillance de ses frontières, l’harmonisation de ses politiques de visas et d’octroi du statut de réfugié, la négociation enfin de politiques communes avec les pays d’émigration clandestine. Les quinze, autrement dit, ont compris que le travail à faire pour freiner et ordonner l’immigration était de longue haleine, complexe et difficile, pas une simple question de communiqué vengeur. L’immigration sauvage, c’est comme la misère ou la faim, tous ces autres grands drames auxquels on voudrait trouver des solutions immédiates alors que leurs causes sont si multiples qu’il n’y a pas de baguette magique. Ce n’est pas qu’il n’y ait rien à faire, encore moins qu’il ne faille rien faire mais deux exemples. Quand les partisans des quotas disent qu’il faut entrouvrir les portes pour qu’elles ne soient pas enfoncées, qu’il faut organiser la venue de gens dont nos économies ont besoin, ils ont raison. L’ennui est que le jour où l’on fera cela on privera les pays pauvres de leurs meilleurs travailleurs, portera de nouveaux coups à leurs économies et relancera, par là, l’immigration clandestine. Quand on dit que le seul moyen de décourager l’immigration illégale est de sanctionner les employeurs des clandestins, c’est tout aussi vrai sauf que si des employeurs ont recours aux clandestins, c’est qu’ils trouvent pas, en Europe, la main d’œuvre qu’il leur faut. Et puis, à terme, sauf à refaire des enfants, l’Europe a besoin d’immigrants. Les solutions ne s’improviseront pas.

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