En guerre au Proche-Orient, Georges Bush tente la méthode douce en Asie. Face à une Corée du Nord qui pourrait, déjà, posséder une ou plusieurs bombes atomiques, qui se vante, en tout cas, d’en disposer et de se préparer à en produire plus, il substitue les offres de négociations aux menaces. Il est maintenant prêt, la Maison-Blanche l’a confirmé hier, à proposer au régime nord-coréen une aide alimentaire, un programme massif d’assistance énergétique et des garanties de non-agression en échange d’un « démantèlement complet, vérifiable et irréversible » de ses programmes nucléaires. C’est donant-donant, avant même d’être formellement présentées, aujourd’hui, par le représentant américain aux pourparlers de Pékin entre les Etats-Unis, les deux Corée, le Japon, la Chine et la Russie mais, ces offres ont été favorablement accueillies par Pyongyang. « Notre politique nucléaire est le fruit de la politique d’hostilité des Etats-Unis, a déclaré l’ambassadeur nord-coréen, mais nous n’entendons ni conserver pour toujours nos armes atomiques ni attaquer les USA. Notre but est la dénucléarisation de la péninsule coréenne », a-t-il ajouté, marquant, par là, une claire disponibilité au dialogue. Cela ne signifie pour autant pas qu’une percée soit obligatoirement proche. Aucune des deux parties ne fera le moindre pas sans être assurée qu’il sera suivi d’effets. La méfiance règne des deux côtés. Même avec la meilleure des volontés communes, tout serait difficile à mettre en œuvre mais les choses, pourtant, semblent bel et bien bouger car tant Georges Bush que Kim Jong-Il, le dictateur nord-coréen, en auraient besoin. A l’approche d’une élection qui s’annonce, pour lui, difficile, le premier ne serait pas mécontent de pouvoir se targuer d’un vrai succès diplomatique, éloignant une menace qui n’est que trop réelle pour toute l’Asie et, au premier chef, la Corée du Sud et le Japon, l’une et l’autre à portée des missiles nord-coréens. Quant au second, c’est la survie de son régime et la sienne propre qu’il joue là car le dernier pays stalinien du monde est en ruines, isolé, incapable de nourrir une population en proie à la famine et démunie de tout. Seule la terreur militaire a, jusqu’à présent, évité les troubles mais la peur et les camps n’empêchent déjà plus les Nord-coréens de fuir en masse vers la Chine. Pour les Etats-Unis, le temps presse d’autant plus qu’un effondrement brutal du régime nord-coréen ne risquerait pas seulement de provoquer un dérapage militaire. Il provoquerait à coup sûr un afflux massif de réfugiés vers la Corée du Sud qui ne pourrait pas leur fermer ses portes. Non seulement l’économie sud-coréenne en serait gravement affectée mais ni la Chine ni le Japon ne verraient d’un bon œil cette réunification d’un voisin qui pourrait redevenir, un jour, même lointain, un rival dans la définition des équilibres régionaux. Tout le monde aurait en fait intérêt au succès de cette négociation mais cela ne garantit rien.

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