Sans doute faut-il poser un autre regard sur la Russie. Vingt ans bientôt après la chute du Mur de Berlin, après l’éclatement de l’empire soviétique et de l’URSS elle-même, on continue de ne voir en elle que les nostalgies d’une puissance déchue, que sa tentation de reconstituer à ses frontières une zone d’influence privilégiée, qu’une menace pour ses voisins immédiats, Géorgie, Ukraine ou, même les trois Etats baltes, pourtant devenus membres de l’Union européenne. Cette perception n’est pas totalement fausse. C’est certainement une partie de la vérité russe mais la Russie, c’est également une nouvelle génération, les moins de quarante ans, arrivée à l’âge adulte après le communisme, de grandes fortunes constituées dans ce hold up que furent les privatisations de l’époque Eltsine et dont l’obsession est de se pérenniser, des élites qui aspirent à l’Etat de droit et se sentent occidentales – un pays qui veut s’inscrire dans le futur et non plus dans le passé et que son nouveau président, Dmitri Medvedev, incarne jusque dans son physique de jeune directeur juridique d’une multinationale. Depuis hier, ce jeune président est en Afrique, une longue tournée qui le mènera d’Egypte en Namibie en passant par le Nigeria et l’Angola, et ce n’est pas le Département d’Etat américain qui s’en préoccupe. C’eut été le cas pendant la Guerre froide, avant-hier même, mais ce sont, aujourd’hui, les grandes compagnies minières, pétrolières et gazières, les constructeurs de centrales nucléaires aussi – bref des concurrents de l’industrie russe qui froncent les sourcils en observant l’agenda de Dmitri Medvedev et des grands patrons qui l’accompagnent en nombre. Au Caire, il a été question de centrales nucléaires. Au Nigeria, c’est Gazprom, la première entreprise russe et l’une des premières du monde, qui proposera de prendre en charge la construction de nouveaux gazoducs qui achemineraient notamment, à travers le Sahara, le gaz nigérian vers l’Europe. En Namibie et en Angola, les discussions porteront sur l’extraction de minerais, de diamants et d’uranium. Partout, Rosneft, la plus grande compagnie pétrolière russe, accompagne Dmitri Medvedev pour proposer ses services. La Russie veut, en un mot, prendre pied en Afrique, continent que les investisseurs regardent de plus en plus comme l’Eldorado de demain. L’industrie russe y arrive un peu tard. Il y a longtemps que les Etats-Unis et la Chine y ont brisé le quasi monopole des deux anciennes puissances coloniales, France et Grande-Bretagne. Pour la Russie, l’Afrique sera un travail de longue haleine mais, outre que tout est à faire sur ce continent, les Africains ont tout intérêt à faire une place à ce nouveau venu car, plus on est désiré, mieux on impose ses conditions. Une Russie qui part à la conquête de marchés et non plus de pays, une Afrique qui diversifie ses partenaires pour tirer le meilleur parti possible de ses ressources, il y a, là, tout un nouveau monde, de plus en plus éloigné des clichés d’hier, et sur quoi le président russe achèvera-t-il cette tournée ? Comme tout patron de grande entreprise, sur un safari.

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