Donald Tusk
Donald Tusk © Thierry Tronnel/Corbis

Est-ce les services russes qui auraient voulu déstabiliser la Pologne à l’heure de la crise ukrainienne ? N’est-ce que des garçons de restaurant qui se seraient entendus pour sonoriser les tables de personnalités politiques et s’enrichir en vendant les enregistrements de leurs conversations ?

A Varsovie, la bourse aux rumeurs propose bien d’autres explications encore mais toujours est-il que, désormais largement diffusés, ces enregistrements de ministres ébranlent le gouvernement polonais, qu’on en est déjà, et sans doute trop tôt, à parler d’élections anticipées et que les propos qu’aurait tenus le ministre des Affaires étrangères – sans savoir, bien sûr, qu’ils seraient un jour publiés – viennent confirmer une profonde évolution de la diplomatie polonaise, sensible depuis quelques temps déjà et d’une importance déterminante pour les rapports de force au sein de l’Union européenne.

Première des anciennes démocraties populaires à être sortie du communisme en 1989, la Pologne avait longtemps été l’un des alliés les plus inconditionnels des Etats-Unis en Europe. Pour elle, il n’y avait que l’Amérique qui comptait parce que les Polonais, de toute tendance politique, continuaient à craindre la Russie et que l’Union qu’ils rejoignaient n’avait pas de Défense crédible alors que les Américains avaient, eux, la plus puissante armée du monde. Bien avant d’être européenne, la Pologne était donc avant tout américaine. C’était sa Raison d’Etat et on l’avait bien vu lorsqu’elle avait décidé d’équiper son armée de l’air d’appareils américains et non pas européens puis activement soutenu l’aventure irakienne de Georges Bush.

Puis il y eut la crise géorgienne de 2008 et la totale passivité des Etats-Unis alors que des forces russes marchaient vers Tbilissi et les Polonais commencèrent à avoir de secondes pensées. Preuve était faite que les pays sortis du bloc soviétique ne pouvaient pas compter sur Washington et la Pologne, sans le dire mais clairement, a très vie changé de pied en devenant, aux côtés de la France dont elle s’est alors rapproché, l’un des deux principaux avocats d’une Défense européenne et d’une Europe politique, acteur de la scène internationale.

Cette évolution n’avait pas plus échappé à Paris qu’à Washington mais écoutons maintenant les enregistrements du chef de la diplomatie polonaise, Radoslaw Sikorski, longtemps très proche des milieux américains les plus conservateurs. « L’alliance polono-américaine ne vaut rien. Elle est même nuisible car elle offre à la Pologne un faux sentiment de sécurité », dit-il en ajoutant que « ce n’est là que foutaises car nous entrons en conflit avec l’Allemagne, avec la Russie, et nous allons considérer que tout est super parce que nous avons fait des pipes aux Américains ! ». C’est complètement naïf », conclue-t-il avant de tirer à vue sur la Grande-Bretagne qui avait été l’autre grande amie de la Pologne mais qui a maintenant le tort, à ses yeux, de trop céder à ses eurosceptiques. « Soit c’est de l’imprudence, dit-il, soit Cameron démontre son incompétence » sur l’Union « parce que ça ne l’intéresse pas, qu’il ne sait pas et croit toute cette stupide propagande ». Ni Londres ni Washington n’ont voulu réagir et la diplomatie polonaise ne fait pas de commentaires.

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