Loin d’avoir renoncé à riposter à la destruction d’un drone, Donald Trump a lancé des cyberattaques contre l’Iran, moins spectaculaire mais tout autant un acte de guerre dans cette escalade que rien ne vient arrêter.

Fresque guerrière "classique" sur les murs de l’ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran. Bientôt une fresque sur la cyberguerre ?
Fresque guerrière "classique" sur les murs de l’ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran. Bientôt une fresque sur la cyberguerre ? © AFP / ATTA KENARE / afp

Il va falloir s’y habituer, la cyberguerre, c’est également la guerre. La valse-hésitation de communication à Washington, la semaine dernière, concernant la riposte américaine à la destruction par l’Iran d’un drone militaire, a pu laisser croire que Donald Trump avait renoncé à frapper l’Iran.

La réalité est qu’il a ordonné une attaque contre les forces iraniennes, mais pas sous la forme de missiles lancés à partir de navires ou de jets à haute altitude, mais d’une cyberattaque. C’est moins spectaculaire, mais tout autant un acte de guerre… la guerre comme on la mène désormais, au XXI° siècle.

Selon le Washington Post, le même jour où il renonçait aux frappes de missiles contre des cibles iraniennes, et communiquait amplement à ce sujet, le président américain ordonnait des cyberattaques contre des cibles précises : les systèmes de lancement des missiles iraniens, et un organisme de surveillance de la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Il est rare qu’on apprenne aussi vite qu’une cyberattaque a été lancée, et encore plus rare qu’une cyberattaque soit déclenchée en riposte à un acte conventionnel, en l’occurrence un tir de missile. Cette crise iranienne sert donc de banc d’essai à cette nouvelle forme de guerre.

Pourquoi avoir choisi la cyberattaque plutôt que les missiles ? La logique est simple : en annonçant qu’il avait renoncé à l’attaque prévue parce qu’elle aurait pu faire 150 morts côté iranien, Donald Trump se donne le beau rôle. Mais il ne laisse pas pour autant la destruction du drone américain impunie puisqu’il agit dans le cyberespace, contre des cibles militaires.

Mais une cyberattaque reste, aux yeux des opinions publiques, moins agressive qu’un raid aérien ou un tir de missile de croisière. Dans l’escalade de la conflictualité entre les États-Unis et l’Iran, on ne franchit pas le rubicon. Il en va de même lorsque Téhéran affirme avoir renoncé à abattre un avion espion avec une trentaine de militaires américains à bord, peu après la destruction du drone.

Tout se passe comme si aucun des deux pays ne voulait commettre l’irréparable, tout en laissant l’escalade se poursuivre faute d’ouverture politique susceptible de la désamorcer.

Ce n’est pas la première cyberattaque américaine contre l’Iran. A la fin des années 2000, l’administration Obama avait mené une opération secrète, en coopération avec les Israéliens, qui avait contaminé les systèmes informatiques du programme nucléaire iranien avec un virus baptisé Stuxnet. C’était, jusqu’ici, l’un des principaux actes de cyberguerre connus depuis que ce nouveau champs d’action est apparu. Le but était de retarder le programme nucléaire, et d’amener Téhéran à la table de négociation, conduisant à l’accord de 2015.

De fait, il faut se préparer à ce que les guerres du futur incluent de plus en plus des cyberattaques : on parle de « guerres hybrides », c’est-à-dire engageant les différentes composantes de la panoplie militaire. L’action décidée par Donald Trump a d’ailleurs été menée par le Cybercommandement américain, qui a été élevé il y a quelques mois seulement, au même niveau que les autres armes, la marine, l’aviation et l’infanterie.

L’Iran est donc l’un de ses tous premiers terrains d’expérimentation de la guerre hybride. Un blocus économique -qui sera d’ailleurs renforcé aujourd’hui-, des cyberattaques… La suite reste à écrire. Mais, de fait, les États-Unis et l’Iran sont aujourd’hui engagés dans une guerre qui ne dit pas son nom.

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